100% Jamal Berraoui : Un festival mal-né

100% Jamal Berraoui : Un festival mal-né

Casablanca aura enfin son festival. L’idée est sur la table depuis plus de cinq ans. C’est Driss Benhima qui avait découvert que la Région avait réservé une ligne budgétaire à un festival sans jamais s’y atteler. Il constitua un groupe de travail qui nous promettait des vedettes internationales, un programme très riche et une animation étendue sur l’ensemble du territoire. Les élus ont fait échec à ce projet, le groupe de travail n’a jamais été payé pour ses 9 mois de labeur. Le projet a été repris, le financement étoffé  en impliquant l’ensemble des instances élues, reste l’exécution. Tozy, le politologue, a vite jeté l’éponge. On a sorti alors une association pour le festival du chapeau. Dès qu’elle a annoncé son programme, la levée des boucliers s’est organisée. C’est ainsi  que les artistes ont multiplié les prestations. Leurs propos sont inacceptables parfois, mais s’appuient sur des questions pertinentes. Quand ils affirment que « les artistes invités sont porteurs d’une culture qui menace de dénaturer la société marocaine et de pervertir nos mœurs», ils sont sur une ligne fascisante très éloignée de ce que l’artiste est censé promouvoir comme idée de liberté. Quand ils disent que c’est de l’argent marocain et qu’il ne profite pas aux Marocains, c’est corporatiste mais ça peut passer. Là où ils réussissent à mobiliser élus et acteurs sociaux de Casablanca, c’est quand ils mettent en cause le concept et l’équipe chargée de la mise en œuvre. Nous sommes partis d’un concept complexe autour des urbanismes pour, en définitive, être en face d’une multitude d’animations sans autre lien que la fête, ce qui en soi n’est pas mauvais mais n’est pas au niveau des attentes et des coûts annoncés : 20 millions de dirhams.
Le réussite du Festival d’Essaouira, de celui de Fès, de Timitar ou de Mawazine, c’est la cohérence du concept. A Casablanca il n’y en a plus, ce qui est problématique quant à la pérennité de l’événement. L’équipe en place pose problème aux artistes mais aussi aux acteurs sociaux. Abkari, le fonctionnaire qui fait l’interface avec l’association, est reconnu pour sa compétence. Cependant, comme toujours, personne ne fait l’unanimité. Surtout pas Neyla Tazi qui est déjà  en charge du Festival d’Essaouira (une réussite prodigieuse !). D’ailleurs, la plupart des critiques concernent sa présence dans l’organisation d’autres festivals. «Le Maroc est-il stérile à ce point pour qu’une seule femme organise tous les festivals !», s’est exclamé un syndicaliste artiste. Ceci a eu un écho au sein de la Communauté urbaine.  USFP et PJD ont voté contre, probablement pas pour les mêmes raisons. Le festival aura quand même lieu cette année, après on verra. Il aura lieu dans une ambiance peu propice. C’est-à-dire qu’au lieu d’une mobilisation, d’une conjonction de tous les efforts, nous assisterons à des tiraillements et surtout à des comportements visant à son échec ne serait-ce qu’en grossissant tous les couacs et il n’en manquera pas.
Voilà encore une belle idée qui se termine en mièvreries, faute de concertation. Casablanca est une ville très complexe et à tous les niveaux. Ce n’est pas en privilégiant l’aspect «Moderne» que l’ont restitue sa richesse culturelle. Repenser le concept est primordial. Mettre, après, en place une structure professionnelle devient plus avisé puisqu’elle n’aura qu’à mettre en musique une partition décidée par les élus de Casablanca. « L’animation » de cette année serait donc bonne à prendre si juste après on tire le bilan et on repart du bon pied. Je ne peux clore ce chapitre sans poser une question relative au fonctionnement de la Communauté urbaine, comment comprendre que le Conseil de la ville ne se soit prononcé que quelques jours avant le démarrage. Et s’il avait voté contre ?

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