100% Jamal Berraoui : Vie publique, vie privée

100% Jamal Berraoui : Vie publique, vie privée

La presse française est en pleine ébullition. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un responsable politique assigne au pénal un journal, réputé sérieux. Il ne s’agit pas de n’importe lequel des responsables politiques, mais du magistrat suprême, du président de la République. L’objet de la discorde est une information disant que M. Sarkozy aurait adressé un e-mail à son ex, Cécilia, lui disant qu’il annulerait son mariage si elle consentait à revenir. Si c’est faux, ce que prétend le président, il y a faux, usage et recel de faux. Si c’est vrai ce que soutient le journaliste, il y a violation du secret du courrier. La presse n’est pas unanime sur la posture à avoir. Le soutien au Nouvel Observateur n’est pas automatique. Par contre, le président est chahuté par l’ensemble des éditorialistes. Ils lui imputent la dérive actuelle. Il faut juste noter au passage que nul n’a crié à l’atteinte à la liberté de la presse parce que le président a choisi d’ester au pénal et donc de réclamer une peine de prison pour le journaliste. Même Robert Menard n’a pas fait son cinéma. Au Maroc… La presse française se pose de véritables questions sur notre métier. Sarkozy a mis en scène sa vie privée et en a fait un levier de communication. La presse l’a suivi, souvent en traînant le pied, mais personne n’a ignoré les clichés disponibles sur la vie privée du nouveau président. Celui-ci a même imposé une stratégie de communication : l’omniprésence, chaque jour les médias étaient conviés à une activité, ce qui ne leur laissait pas le temps de commenter celle de la veille, périmée par le fait de Sarko lui-même. L’équipe de «Marianne» avait dénoncé cette dérive depuis le début, elle était la seule. Aujourd’hui, dans leur majorité, les éditorialistes français cassent du Sarko. Il les a épuisés, exaspérés. Les attaques fusent, celles du «Nouvel Obs» est basse. Ce n’est pas tant le duel entre un président, qu’un philosophe traite de «Imperator Bouffon» et la presse qui importe, ce sont les questions lancinantes que ce chapitre a imposées à la profession qui sont importantes parce que structurantes. Ainsi la presse s’interroge sur les limites de l’intérêt qu’on peut porter à la vie des hommes publics, au-delà de Sarko. La tradition était d’ignorer la vie privée. Mitterrand n’a jamais été inquiété sur sa double vie, ni Chirac sur ses innombrables maîtresses dont une journaliste connue. Là, elle est submergée par «la péoplisation de la politique». Le plus gros de la profession pense qu’il faut revenir à la tradition et donc ignorer les mises en scène sarkoziennes ou les épanchements de Ségolène Royal qui n’hésite  pas non plus à étaler sa vie privée. Cette tendance s’appuya sur le bon peuple, puisque Sarko baisse dans les sondages, en partie, parce qu’il en fait trop et qu’un sondage trouve que les journalistes sont des charognards. Ni le débat public ni les politiques ni la presse ne profitent du mélange.
Les autres se disculpent en important le mélange aux politiques qui ont mis leur vie privée sur la table. Les plus pertinents mettent en avant des arguments du genre «l’instabilité affective est dangereuse quand elle est au sommet de l’Etat». Au bout  de quelques mois, la presse française s’est rendu compte que le voyeurisme, les secrets d’alcôve polluaient le débat public et dévalorisaient la presse, cela lui fait une raison de plus d’en vouloir à Sarko. Celui-ci a poursuivi au pénal un journal sans que personne ne le traite de dictateur. Au Maroc, un procureur a été diffamé, ou estime l’être, il este au civil et réclame un dédommagement, selon ses contradicteurs c’est une machination des services. C’est cela la différence, une profession qui n’a pas peur de l’introspection et une autre glauque qui s’auto-congratule et justifie toutes ses dérives.

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