A dire vrai…Je suis née libre ! Et libre je resterai !

A dire vrai…Je suis née libre ! Et libre je resterai !

– Maman, je veux cette poupée ?
La mère n’a pas entendu sa petite fille de quatre ans. Émerveillée elle-même devant l’achalandage de jouets de ce magasin qui vient d’ouvrir près de chez elle, elle a oublié sa fille qui la tire par la main.
– Je la veux! répète la petite fille, en désignant une poupée géante dans une grande boîte rose.
La mère finit par réaliser ce que désire sa fille.
– Tu es sûre, Maria ? lui demande-t-elle.
– Oui maman. Mais il faut la couvrir !
– Comment la couvrir ?
– Avec une grande gandoura et un foulard sur la tête.
– Et pourquoi donc ? demande la mère en riant.
– Pour la protéger des méchants !
– Quels méchants ?
– Ceux qui embêtent les filles dans les rues, répond Maria avec assurance.
– Comment tu sais ça, qui te l’a dit ? demande la mère, mi-intriguée, mi-inquiète.
– J’ai entendu Karima qui l’a dit à son amie Amal.
La mère se prépare à régler le prix de la poupée, l’air embarrassé devant la vendeuse.
– Vous avez une fille bien éveillée Madame, dit celle-ci, cherchant manifestement à être agréable.
La poupée emballée, la mère et sa fille quittent le magasin, avec la promesse de la protéger des méchants qui rôdent dans les rues. Arrivée chez elle, Maria s’empresse d’installer la poupée dans son nouvel univers. Sa maman s’enquiert de son aînée. Celle-ci est au lycée. Un peu plus tard dans la journée, elle est de retour, accompagnée de son amie Amal. La maman se précipite et lui demande :
– Karima, c’est quoi ces méchants qui arrêtent les filles dans les rues ?
– Oh, une bande d’illuminés ont investi le quartier, pour le purifier disent-ils. Je leur ai échappé en prenant la fuite. Sinon, ils m’auraient passée à tabac. D’autres filles ont eu moins de chance que moi.
– Le purifier ! De qui ? De quoi ?
– Des filles qui ne se couvrent pas la tête et le corps. Pour eux, ce n’est pas conforme à la religion.
La maman réalise soudain la différence de tenues vestimentaires des deux jeunes filles. Karima a les cheveux au vent, le corps moulé dans un chemisier et un pantalon taille basse. Amal a la tête enserrée dans un foulard, le corps enveloppé presque jusqu’aux chevilles. Amies d’enfance, elles se rendent ensemble chaque jour au même lycée, étudient dans la même classe.
– Tout le monde est au courant de ces agressions, confirme Amal. C’est dans la presse. Mais, personne ne lève le petit doigt pour les empêcher.
– Je ne voulais pas t’en parler maman, pour ne pas t’inquiéter, poursuit Karima. Mais j’ai peur. Des jours sombres nous attendent si rien n’est fait. Le danger commence avec le silence, comme si l’on n’était pas concerné par ce comportement qui va à l’encontre de la loi, spirituelle ou temporelle. Puis demain, tout le monde sera victime. Ces gens testent la patience et la tolérance de la société.
– Ce qu’ils font n’a rien avoir avec la religion, rétorque Amal. Je n’ai pas encore trouvé dans les textes qu’il faut forcer les gens à faire quoi que ce soit. Au contraire, Dieu nous a laissé libres de décider de nos choix. Il nous respecte et en même temps Il nous responsabilise. Sinon, Il aurait fait de nous des anges. Les anges n’ont de raison d’être que de glorifier Son règne éternel.
– Mon Dieu, la sagesse sort de ta bouche, dit la maman, émerveillée devant les propos d’Amal.
Maria survient, sa poupée dans les bras. Celle-ci a un voile sur la tête, une gandoura par-dessus.
– Regardez que m’a acheté maman ! dit-elle fièrement à Karima et à Amal. Elle n’a rien à craindre des méchants ! Maman m’a aidé à la couvrir !
Karima se tourne vers sa mère et, d’une voix fulminante, crie presque :
– Maman ! Tu réalises ce que tu es en train de faire de Maria ? Tu veux formater tes filles comme tu l’as été ? Personne ne m’obligera à aller contre mes choix ! Tu m’as mise au monde libre ! Et libre je resterai ! Je me battrai s’il le faut ! Pour la liberté de conscience et pour le respect de l’autre !

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