A dire vrai… La 101ème

A dire vrai… La 101ème

Si vous êtes en train de lire cette chronique, alors vous lisez la cent-unième que j’ai publiée depuis le 21 décembre 2011 dans les colonnes d’Aujourd’hui le Maroc. Qu’a-t-elle de spécial à part le nombre 101 ? En politique, cent jours marquent la période de grâce accordée à un gouvernement fraîchement investi. En d’autres occasions, ce chiffre incite à faire la pause pour évaluer le chemin parcouru, mettre les choses en perspective. Coïncidence, nous sommes à J-100 du Mondial de football au Brésil !

 

Rien de tel en l’occurrence. 101 est juste l’occasion de faire un retour sur un exercice entamé il y a deux ans. Au vu de commentaires ou questions exprimés ici ou là, je souhaite partager le vécu du chroniqueur avec les lecteurs qui me font l’amabilité de s’intéresser à mes élucubrations et aux spécificités de cet exercice particulier.

 

Il y a deux ans, Aujourd’hui le Maroc m’invita à tenir une chronique chaque mercredi sur ses colonnes. Séduisante l’idée, mais ne m’avait pas emballé au début. Mon expérience d’écriture se limite aux romans et aux essais, et à quelques tribunes libres publiées ici ou là. Or, écrire un roman prend du temps, et se fait en totale liberté, autour d’un seul sujet, sans contrainte ni de temps, ni de délais. C’est un dessein personnel, qui mûrit au gré de l’inspiration et du temps de l’auteur.

La chronique est un exercice d’un tout autre genre, avais-je dit aux responsables d’Aujourd’hui le Maroc. D’abord, un romancier, aussi bon serait-il, n’est pas assuré de faire un bon chroniqueur.

 

Il doit traiter un sujet nouveau chaque semaine, rapidement, en un nombre limité de caractères. Passe encore pour la rapidité de l’exercice, qualité des journalistes, les sprinters, alors que les romanciers sont plutôt des coureurs de fond. On peut s’adapter à tout, me diriez-vous. Mais trouver un sujet nouveau chaque semaine, semaine après semaine, est le véritable challenge. Challenge rendu plus difficile par mon choix de ne pas coller à l’actualité, pour une posture plus en retrait de l’effervescence du quotidien, afin de porter un regard décalé sur nous-mêmes, notre société, nos gouvernants, notre monde. 

Voilà pour la philosophie. Restait à la traduire dans la réalité. Là, je nourrissais bien des appréhensions. Écrire des chroniques de temps en temps me semblait envisageable. Écrire une chronique chaque semaine m’apparaissait épuisant. Sur un double plan. 

 

D’abord, l’écriture régulière est une discipline à laquelle il faut s’astreindre. J’envie ceux ou celles qui ont le coup de plume rapide, chez qui cela jaillit d’une traite. Mais, quand bien même, je posséderais une telle faculté, l’angle que j’ai choisi ne s’accommoderait guère du traitement du sprinter. Il nécessite un investissement substantiel en temps. Chaque chronique d’une page à une page et demie me demande, en moyenne, trois jours d’écriture, en puisant du temps ici et là dans un agenda surchargé, comme c’est le cas de bien des gens en cette époque d’accélération vertigineuse du temps. Contrairement à ce qu’on pense, écrire ne requiert pas du talent, mais du travail.

Le deuxième problème me paraissait résider dans le choix régulier de sujets qui intéressent un large éventail de lecteurs et de lectrices, non qui relèvent de mes seules préoccupations. Là, j’avais des appréhensions. J’avais peur de m’épuiser, peur de ne pas trouver de tels sujets, peur de lasser le lectorat.

 

J’ai fini par surmonter mes craintes et répondu affirmativement à Aujourd’hui le Maroc en raison de l’attrait de l’exercice, malgré mon manque d’expérience dans le domaine, et l’absence de modèle à suivre. 

 

D’abord, il m’a fallu éviter le piège du chroniqueur docte, détenteur de la science infuse. Cela incommode, le savoir n’étant l’apanage de personne. Aussi, me suis-je fixé l’objectif de susciter uniquement la réflexion, peut-être partager des inquiétudes, jamais exposer de savantes théories. Si cette ligne de conduite peut être observée au niveau du fond, c’est une autre histoire de la respecter au niveau de la forme. J’ai contourné la difficulté en recourant à des personnages fictifs, acteurs d’histoires imaginaires, qui se chargent de véhiculer les réflexions, formuler les interrogations, porter les inquiétudes. C’est ainsi que je vous ai présenté Ba Jalloul (Mon ami Ba Jalloul), Hamid (Le cœur au creux de la main), le père (Conte d’antan… Rêves d’aujourd’hui), la mère (Maman… pourquoi est-ce qu’on écrit), le garçon (Dr Jekyll et M. Hyde), la jeune fille (Maman, je veux faire de la politique), l’extra-terrestre (Vu du ciel).

 

Est-ce à dire que ce fut toujours facile de trouver un sujet ? Loin de là. Combien de fois j’ai connu la panne sèche et suis resté figé devant l’écran noir, pour ne pas dire la page blanche. Mais mon rendez-vous avec les lecteurs ne peut pas attendre. Ainsi fut née «Le monde n’est pas toujours facile à croquer». 

 

Heureusement, bien des fois, la chronique se trouve dans ma tête. Il faut juste trouver le temps pour la coucher. Ce genre est le résultat d’une subite inspiration : Les clés du bonheur, d’un coup de cœur : L’héritage des géants, d’un moment rare : La ville où l’on écoute le silence, ou d’une forte émotion : Et puis vint ton tour de partir.

Bien des fois, la chronique est inspirée d’un vécu : Les lutins du bonheur ou Non, tu n’es pas seule, par un personnage particulier : Mon coiffeur, ou suite à une rencontre : Mon chauffeur de taxi.

 

Les bizarreries de la vie ont dicté des textes tels Exister… mais sur papiers, ou encore Tribulations d’un cycliste en ville. Des fois, c’est un trop-plein d’émotion qui déclenche le flot des mots : Quand il ne reste qu’un seul mot, Zahira, Khaoula.

L’état du monde et les inquiétudes qu’il suscite ont été à l’origine de Un monde à comprendre, ou Le temps des incertitudes, ou Illisibles incertitudes. Des moments de doute ont surgi Un jour…, ou M’as-tu vraiment aimée un jour ?

Souvent, las de trouver un sujet, je me lance un défi. Comme si je revenais en arrière à mes années de lycée, je me fixe un thème et me mets dans la situation du potache qui doit rendre une dissertation. Ainsi virent le jour Les néologismes des amalgames et Sommes-nous seuls dans l’Univers ?

 

Et c’est ainsi que, suivant le cours de la vie et des événements, au gré des situations vécues et des personnes rencontrées, en fonction de l’air du temps et de l’humeur ambiante, les chroniques se sont insensiblement enfilées les unes après les autres, pour former Le chapelet de jours.

Après ces deux années, je suis reconnaissant à mes amis d’Aujourd’hui le Maroc qui m’ont ouvert ce domaine exaltant du chroniqueur, qui essaie d’appréhender un monde qui ne se laisse pas facilement croquer… en une chronique.

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