A dire vrai… La dissertation de la vie 

A dire vrai… La dissertation  de la vie 

Mon voisin est un homme exquis. Le sourire en permanence sur les lèvres, il a toujours un mot gentil pour ceux qu’il croise. Il est connu pour se consacrer aux autres. Je le rencontre tôt ce dimanche dans la pâtisserie du quartier. Spontanément, nous prenons le chemin du café avoisinant pour un thé matinal. Je me réjouis d’avance de mieux le connaître.
Ce que j’apprends m’émeut profondément. Il consacre tout son temps et une bonne partie de ses ressources à aider les jeunes à réaliser leurs projets professionnels. Il a également mis en place un réseau d’avocats et de centres d’écoute pour assister les femmes violentées. Par ailleurs, une de ses associations s’occupe des enfants qui ont élu domicile dans les rues. On ne lui connaît pas d’activité professionnelle. Comment subvient-il à ses besoins ? Je n’ose lui demander.
– Vous faites un travail admirable, finis-je par lui dire. Ça doit être gratifiant.
Il se contente de sourire.
– Vous devez susciter des vocations autour de vous, ajouté-je.
– Détrompez-vous mon cher monsieur, rétorque-t-il. Mes activités ne suscitent qu’interrogations sceptiques et commentaires défiants. Certains vont même jusqu’à m’attribuer d’inavouables desseins.  Au mieux, ceux qui ont de la sympathie pour ce que je fais, comprennent mal que ça ne me rapporte rien. Mais vous savez, je m’en préoccupe comme de ma première carie. Ce que je fais ne concerne que moi.
Je prends congé de mon voisin, ébloui par son engagement, perplexe par ses propos.
Sur le chemin du retour à la maison, je croise la dame de l’immeuble mitoyen. Elle se consacre à l’amélioration des conditions de ses prochaines : femmes violées, inégalité des salaires dans le monde du travail. Nous échangeons un bref salut. Je songe aux ragots colportés sur elle. Selon les mauvaises langues, sa motivation émanerait d’un inextinguible appétit d’arriver au pouvoir.
Arrivé chez moi, je trouve mon épouse qui m’attend pour le petit déjeuner. Je dépose les gâteaux ramenés de la pâtisserie, m’installe à table et me mets à lui raconter mes rencontres du matin.
– C’est pas étonnant, lance-t-elle après m’avoir écouté, tout en versant le café. Tu veux savoir mes misères avec notre cercle de femmes ? Nous y sommes pour aider d’autres femmes à monter leurs petites affaires ! Uniquement ! Eh bien, je suis dégoûtée par les mesquineries de certaines de nos membres. Si je m’écoutais, je laisserais tomber. Alors je continue comme si de rien n’était. Trop de malheureuses ont besoin de nous.
Ma fille déboule, folle de joie, accompagnée de son amie.
– Félicitez-la, elle vient d’être promue dans son boulot ! crie-t-elle fièrement.
– À quel prix ! ajoute son amie, d’habitude timide. Mes collègues sont depuis devenus froids avec moi.
Mon fils nous rejoint, l’air préoccupé.
– J’ai eu les félicitations du prof pour mon exposé, dit-il sans enthousiasme.
– Eh ben voilà une bonne nouvelle ! lui dis-je. Tu travailles si durement.
– Ouais, avec ça j’ai droit au harcèlement de mes camarades de classe, ajoute-t-il.
Mon épouse intervient :
– Il n’y a là rien de surprenant. Un ami m’a dit un jour : lorsqu’une entreprise de construction s’installe quelque part, dix entreprises de destruction s’installent aussitôt à côté.
Mon fils s’impatiente :
– Maman, j’ai autre chose à faire que d’écouter des délires philosophiques. Papa, j’ai besoin que tu m’aides pour ma dissertation, tu veux bien ?
– C’est quoi le sujet ? demandé-je, ravi que mon fils m’invite à réfléchir avec lui sur ses devoirs.
– Une citation d’Albert Einstein : les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres. T’en penses quoi ?
– … !???

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