À toutes les femmes que j’ai aimées et à toutes les autres…

À toutes les femmes que j’ai aimées  et à toutes  les autres…

Tous les ans, à pareil moment, tout ce que la planète terre connaît comme menteurs et baratineurs, bavards et scribouillards, activistes et arrivistes, vrais rivaux et faux dévots, sacrés hypocrites et opportunistes émérites, bref, tout ce que le monde, ici ou ailleurs, a comme parleurs et râleurs sortent leurs haut-parleurs pour vous jurer leur affection et leur admiration.

Je vais être très franc avec vous : si vous cherchez bien dans cette liste qui est loin d’être exhaustive, vous allez sûrement m’y trouver, dissimulé peut-être entre le vantard journaleux et le prétendu courageux.

Oui, je reconnais que moi aussi je profite de cette journée pour me faire mousser et me faire bien voir par vous mesdames et vous mesdemoiselles, vous qui en avez vu, lu et entendu bien d’autres, mais qui continuez à croire tout ce qu’on vous raconte sur vous et à votre place.

On vous répète à longueur de journée, et surtout à la veille de cette fameuse journée, que vous êtes les plus belles, les plus tendres, les plus audacieuses et les plus combattantes. On vous dit même que sans vous la vie n’aurait aucun goût. Mais ce qu’on oublie souvent de vous dire, parce qu’on ne peut pas vous le dire, c’est que vous êtes aussi et surtout les plus fatiguées parce que vous êtes les plus bosseuses et les plus fonceuses, que vous êtes les plus malades parce que vous êtes les plus accoucheuses et les plus berceuses, que vous êtes les plus faibles parce que vous êtes les plus battantes et les plus battues, et  que vous êtes les plus déprimées parce que vous êtes les plus lâchées et les plus délaissées… 

Quant à l’histoire du goût, ce qu’on veut vous dire par ça, cela que c’est vous qui faites la popote, et, en plus, vous la faites bien, et que vous devez continuer à la faire jusqu’à la fin pour que nous les hommes nous régalions et ne mourions pas de faim. Ceci dit, laissez-moi quand même vous dire que, inconsciemment ou non, c’est vous qui leur donnez l’occasion de vous mener en bateau et, peut-être un jour, à Dieu ne plaise, de vous jeter par-dessus bord. 

Vous leur permettez ça tous les jours, mais, pis encore, le jour que vous avez décrété, et que les hommes ont validé, pour être votre journée. La journée de la femme. «Ça va être sa fête !», ont-ils clamé tous en chœur, une main dans leur poche et l’autre sur le cœur. Que vient faire la poche ici ?

Je vais vous répondre : je crois que la cause la plus grave et la plus sournoise de la situation dans laquelle se trouve la majorité des femmes dans le monde, et les Marocaines en particulier, c’est le rapport d’asservissement dans lequel les ont mises les hommes, justement, avec et grâce à l’argent. Bien sûr, je ne parle pas des cadeaux que nous autres les hommes aimions bien vous offrir de temps en temps, parfois pour vous plaire et souvent pour nous faire pardonner.

Ça, à la limite, on peut le mettre sur les us et coutumes des civilisations autant ancestrales que post-modernes. Non, quand j’ai parlé de poche, je faisais allusion à la soumission que les hommes de tout temps tentent de maintenir sur la femme en la gardant sous leur dépendance financière et matérielle totale ou juste partielle.

Justement le drame, chez nous ou chez des pareils que nous, c’est que beaucoup de femmes, et pas seulement les analphabètes ou les moins instruites, trouvent ça très normal. Certaines même, parce qu’on n’a pas arrêté de leur répéter depuis leur petite enfance, justifient cette dépendance par des textes ou des récits religieux.

Tout ça pour dire et redire à vous les femmes que j’ai aimées, que j’aime encore et que j’aimerai toujours, et à toutes les autres que j’aimerais bien aimer, que vous avez tort de croire tous ceux et même parfois toutes celles qui vous chantent que vous êtes les plus fortes et les plus puissantes parce que vous êtes les plus belles et les plus charmantes. Soyez des femmes et des vraies, et battez-vous contre tous les asservissements et toutes les soumissions. Et n’attendez surtout pas le 8 mars pour le faire.

Faites que chaque journée de l’année soit votre fête. Et la nôtre.

Au fait, je vous souhaite un très bon week-end et une très bonne fête.

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : comment se fait-il que dans un pays où il y a autant de jeunes talentueux et brillants, on n’arrive pas à nommer un nouveau ministre de la jeunesse ?

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