Agir contre le risque de ghettoïsation

Agir contre le risque de ghettoïsation

J’étais invité jeudi dernier à participer à un débat passionnant sur «le Vivre-Ensemble» organisé par le Comité Parité et Diversité de 2M, puis le lendemain à un débat sur «Les jeunes, composante essentielle de la jeunesse» dans le cadre de la Semaine du dialogue à Marrakech, organisée par GEC Marrakech, l’Institut français et le CNDH. Je me suis efforcé tout au long de ces rencontres de faire remonter les attentes de notre jeunesse, étayées par mon expérience de terrain, les moyens à mettre en œuvre pour combattre ce qui déchire notre tissu social et faire des propositions simples et concrètes afin d’agir contre l’exclusion et le risque de «ghettoïsation» qui guette notre société -comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

Ce qui me semble urgent, c’est tout d’abord de (re)créer des lieux de mixité sociale, aujourd’hui les occasions de «brasser» notre population se font rares et je garde en mémoire l’un de ces moments précieux où tout notre peuple est descendu dans la rue célébrer la qualification de notre équipe nationale de football pour le Mondial. Or c’est au quotidien qu’il faut trouver les occasions et les espaces pour favoriser ces rencontres qui servent à tisser du «commun», à nous projeter dans un projet et un avenir, tous ensemble. Les anciennes médinas étaient des exemples de vivre-ensemble alors que trop de ces nouveaux quartiers qui sont construits aujourd’hui sont de véritables ghettos, sans lieux de vie, sans espaces sportifs, sans centres culturels, sans même un square où permettre aux mamans de faire jouer leurs enfants ensemble. Des terrasses de café succèdent à des terrasses de café, d’ailleurs occupées par une population exclusivement masculine… J’ai aussi lancé un appel urgent aux «décideurs», hommes politiques, élus, personnalités de la société civile afin que nous – dans notre globalité – cessions de considérer les jeunes comme des figurants ; nos jeunes ont vocation à être non seulement des interlocuteurs mais aussi des acteurs de notre société, à part entière. Ils en ont les capacités, le talent, la volonté et l’envie. Prenons garde de ne pas rester sourds et aveugles à leurs attentes et leurs besoins, car alors nous prenons le risque de «passer à côté de notre jeunesse» et qui y a-t-il de pire pour un pays que d’être coupé de sa jeunesse ?

J’en ai d’ailleurs profité pour placer quelques propositions qui me tiennent à cœur : faisons des jeunes les co-gestionnaires des Maisons de Jeunes, des Centres Culturels, des Espaces construits dans le cadre de l’INDH où à force de ne considérer nos jeunes qu’en tant que consommateurs (et encore, ça c’est dans le meilleur des cas), nous avons fait de ces lieux des endroits déserts, obsolètes, inefficaces où les jeunes ne se retrouvent pas. Il faut qu’ils en soient les co-dirigeants, les animateurs, les programmateurs…
Il faut leur permettre d’être acteurs de (et dans) la société ! Autre urgence, il est plus que temps de cesser de penser l’espace public «au masculin», la femme doit y avoir toute sa place; faire de la ville un lieu de vie pour tous et pour chacun, réfléchissons aussi à la place qui est faite aux personnes vivant avec un handicap, réponse: aucune !
Pour recréer une société du vivre-ensemble, il faut la repenser, la redessiner, la concevoir pour l’Homme et non en considération de rendement(s), d’opérations à caractère purement immobilier où l’humain est oublié.

Disons aussi qu’aujourd’hui le mépris du pauvre a entraîné la haine du riche : l’opulence et l’ostentation de quelques-uns ont brisé le respect mutuel et la pudeur. Là où «riches» et personnes modestes vivaient un mode de vie identique -du moins à l’extérieur -c’est aujourd’hui le souci de l’apparence, le bling-bling, les signes ostentatoires d’opulence qui cassent toute possibilité de vie en commun et en harmonie.
Je pourrais continuer ainsi pendant des heures – et c’est d’ailleurs ce que je fais là où je suis invité à m’exprimer – car je suis persuadé que «faire un constat n’est vraiment plus suffisant et que les propositions et l’action sont urgentes», je terminerais donc par un cri d’alerte: cessons cette tendance actuelle -lourde, et préconisée par certains courants rétrogrades- de faire vivre une séparation de plus en plus pernicieuse à nos jeunes des 2 sexes, au contraire favorisons la mixité, favorisons ainsi la connaissance et le respect entre eux, l’absence de mixité a créé les rapports conflictuels entre garçons et filles : harcèlement, violences, viols… donnons, dès leur plus jeune âge, aux garçons et aux filles la possibilité de vivre ensemble.
Nous ne réussirons dans cette entreprise de (re)bâtir une société commune qu’en lui redonnant une cohésion, en tissant un projet de vie commun, en réinventant la justice sociale …/… et en (re)donnant à la culture le rôle primordial qui est le sien : celui de vecteur et de créateur de lien social.

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