Aujourd’hui le Makhzen : Le moulin à vent

Ali Lmrabet est une bénédiction du ciel. On ne remerciera jamais suffisamment Dieu Le Clément et Le Miséricordieux, de nous avoir fourni, sur cette terre marocaine, accueillante et paisible, ce phénomène de la nature, prototype unique d’une espèce heureusement marginale. C’est un personnage qui se prête tellement à l’analyse que les psys se l’arrachent; il convient si bien aux commérages qu’on le surnomme Ali-la–pie ; il s’identifie à un tel point à tout ce qui est étranger qu’il est à lui tout seul un prix Hors-les–murs par excellence ; il s’est tellement assimilé à la littérature fantastique ibérique que pour faire original dans le choix entre Don Quichotte et Sanchez, il préféra incarner le rôle du moulin à vent.
Par un certain nombre d’aspects, il rappelle ce que disait l’humoriste français Coluche de son professeur dont il parlait à peu près ainsi : «voilà un homme qui est censé vendre de l’intelligence, alors qu’il ne porte jamais un échantillon sur lui». Lmrabet, lui, est censé faire du journalisme, donner des leçons en la matière, tracer les balises entre le vrai journalisme et le faux journalisme, dire la bonne parole journalistique comme d’autres disent la bonne aventure, en scrutant les lignes de destin dans une boule de cristal.
Sauf, qu’en ce qui le concerne, les deux catégories sont si asymétriques que dans l’une, il se retrouve tout seul, unique et suffisant, et dans l’autre il classe tous les autres, tous ceux qui ne sont pas lui, heureusement pour eux, d’ailleurs. Il se retrouve ainsi pris à son propre piège dans l’espace exigu d’un genre de servitude vis-à-vis de ses propres reniements qui le prolongent inexorablement dans les tréfonds de la frustration et de l’amertume, tous travers de très mauvais conseil, comme chacun sait et qui mènent tout droit vers toutes les formes de compromission et de basses besognes, pour compenser…
Entouré de deux ou trois bouffons en mal d’humour, de scène, d’inspiration et de dignité, cumulant frustrations et amertumes avec une forme de débilité congénitale et très mal assumée, prêtant le flanc à toutes formes de manipulations, de basses besognes, Ali-le-Fax s’est spécialisé dans le glauque, l’insulte, la calomnie, le mauvais goût, le rebut et la fange.
Mais le plus extraordinaire chez lui, c’est cette forme d’ingénuité – vraie ou simulée ? – qui fait qu’il s’est tellement habitué à respirer cette odeur fétide, à s’accommoder avec ces exhalaisons nauséabondes et ces effluves scatologiques qu’il s’étonne qu’il soit pris à partie un tant soit peu, que lui soit renvoyée, même à grandes esquisses, son image de désaxé, en mal de repères, de légitimité et d’honneur.

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