Autrement : Chrétiens en terre d’Islam

Autrement : Chrétiens en terre d’Islam

On le sait depuis des siècles: les relations entre chrétiens et musulmans ne vont pas de soi. Chacune des deux religions n’affirme-t-elle pas qu’elle est détentrice de la totalité de la révélation divine? L’une et l’autre ne prétendent-elles pas à l’universel, proclamant que le salut de chaque homme passe inévitablement par l’adhésion  à son message? Dans plusieurs passages, le Coran incite au respect des «gens du Livre», et tout particulièrement des chrétiens, mais c’est aussi en mettant en valeur les chrétiens qui ont reconnu l’authenticité de la prédication du prophète de l’Islam. Certes, dans la longue histoire des relations entre musulmans et chrétiens, les cas de figure ont été très divers, entre les moments de véritable convivance et les périodes de sévères conflits. Mais la mémoire qui s’impose reste celle des guerres, des occupations, des conversions forcées: guerres de conquête menées par les uns et les autres, croisades, colonisation européenne… Dans les temps actuels, les choses ne vont pas en s’arrangeant, quand bien même, en de multiples lieux, chrétiens et musulmans n’ont jamais été autant en contact. Il y a les guerres menées par l’Amérique impériale, dont le président se réclame d’un christianisme dominateur, qui entraînent chaque jour la mort de centaines de musulmans en Irak, à Gaza, en Afghanistan. Il y a, également, les menées de différents groupes d’évangélisation, qui interviennent dans les terres historiquement et majoritairement musulmanes pour tenter de détourner de l’islam quelques centaines de croyants. Ces groupes, «évangéliques» ou «pentecôtistes», généralement d’obédience américaine, sont liés à des stratégies politiques davantage qu’à des soucis de salut des âmes ainsi kidnappées. Selon les pays arabes, les situations relèvent de problématiques différentes. Au Proche Orient, de l’Irak à l’Egypte, il existe un christianisme arabe (plusieurs millions de chrétiens arabes) aussi vieux que le christianisme lui-même. Lorsqu’il y eut les Croisades puis la colonisation européenne, ces chrétiens ont souffert tout comme leurs compatriotes musulmans, et beaucoup se sont révoltés avec eux. Au Maghreb, le christianisme n’a pas les mêmes racines. Les quelque dizaines de milliers de chrétiens qu’on y trouve encore sont presque tous des «expatriés», ressortissants européens ou originaires d’Afrique noire. Quelle place pour eux? Quelle liberté peuvent-ils avoir de vivre leur religion, mais aussi, éventuellement, de la partager? Le 15 mars dernier, une église a été inaugurée au Qatar, réunissant plus de 15.000 chrétiens de cet Emirat, tous des travailleurs immigrés avec leurs familles. En Algérie, en revanche, dans le même temps, étaient fermées deux salles de culte fréquentées par des musulmans kabyles passés au christianisme évangélique. Dans tout cela, c’est bien entendu la liberté de culte et la liberté de choisir sa religion qui sont en jeu. Mais ces libertés ne peuvent pas être pensées indépendamment des enjeux politiques internationaux et du  souci de la préservation de la paix publique.

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