Autrement : critique et participation

Autrement : critique et participation

Dieu est un concept narratif dans le sens où dire «Dieu», c’est aussi se raconter. Or, on peut ressentir une impudeur à se raconter. Dire qui est son Dieu, c’est une manière de se mettre à nu.  Parler de Dieu, c’est livrer une part de soi même, une dimension profondément intime. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles peut-être, il est si difficile pour le croyant d’accepter la critique parce que celle-ci a vite fait de le mettre en question, de le mettre en cause, de le critiquer dans ce qui est pourtant si personnel, si intime. Et il est vrai aussi si précieux pour lui dans la compréhension qu’il a de lui même, mais aussi dans son rapport au monde, dans son rapport aux autres. Pourtant, je crois qu’il est important d’intégrer le fait que critiquer n’est pas un acte déloyal par rapport au(x) religieux, n’est pas non plus un crime de lèse-majesté par rapport aux institutions, et n’est pas non plus un acte d’athéisme. Critiquer, ce n’est pas empêcher toute possibilité de participation et d’adhésion. Et on pourra même soutenir le contraire que c’est précisément  parce qu’il y a une place accordée, autorisée à la critique que la participation devient réelle. La participation est vraiment une participation, c’est-à-dire vraiment une adhésion libre, volontaire, pensée, une adhésion que lorsqu’elle est l’expression de ma liberté et non un enrôlement forcé, imposé, sous le dictat d’une autorité toute puissante. Pour qu’il y ait participation, pour que je puisse dire «oui je crois», il faut en effet autoriser la possibilité aussi  d’énoncer des critiques,  de pouvoir dire non. Parce que  la critique est un lieu de travail, un lieu de réflexion, mais aussi un lieu au service d’une réappropriation personnelle. Et c’est bien cette réappropriation personnelle qui permet véritablement d’adhérer et de participer. Je pense que la critique et la participation doivent être tenues ensemble, on pourra même dire qu’elles s’appellent mutuellement : la participation appelle la critique et la critique appelle la participation. Parce qu’une critique au service de la participation, c’est une critique qui ne sera pas non plus destructrice, c’est une critique qui vise à reconstruire un rapport à soi, un rapport à Dieu, un rapport à l’ultime. Le temps du Ramadan est un temps privilégié pour vivre cette réflexion sur Dieu et sur soi-même. Si la foi est une réalité vivante, elle ne peut se satisfaire d’une permanente répétition et de convictions acquises une fois pour toutes. Croire, c’est se mettre en question, c’est poser des questions. C’est ne jamais être satisfait des réponses qui se présentent. C’est rester en quête.

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