Autrement : encore le voile intégral

Autrement : encore le voile intégral

A la suite de la cuisante défaite électorale de la droite aux dernières élections régionales, Nicolas Sarkozy, en effet, vient de promettre une loi d’interdiction totale du port de ce vêtement. Comme il l’a déclaré le 24 mars : «Trop longtemps nous avons supporté les atteintes à la laïcité, à l’égalité de l’homme et de la femme, les discriminations. Ce n’est plus supportable. Le voile intégral est contraire à la dignité de la femme. La réponse, c’est l’interdiction du voile intégral. Le gouvernement déposera un projet de loi d’interdiction conforme aux principes généraux de notre droit». Jusqu’ici, pourtant, le président français s’était montré plutôt réticent quant à une interdiction totale du niqab et de la burqa dans l’espace public. Il avait fait saisir, pour avis, le Conseil d’Etat, en prévoyant justement que celui-ci émettrait des réserves quant à une large interdiction qui serait contraire aux principes du droit français. De fait, la haute institution vient de rendre un rapport soulignant qu’une prohibition totale lui parait impossible. Si Nicolas Sarkozy a finalement fait ce dernier choix de l’interdiction totale, c’est, bien entendu, pour donner satisfaction à toute une partie de son électorat. Pendant la campagne électorale des régionales, dans les meetings de la droite (et, évidemment, de l’extrême droite), à l’applaudimètre, la condamnation de la burqa est largement sortie gagnante. Cette condamnation, au demeurant, n’est pas limitée à l’électorat de droite. On ne saurait négliger, ainsi,  qu’une des raisons de  l’énorme échec, aux élections régionales, du Nouveau Parti Anti-capitaliste ( NPA ), la formation d’extrême gauche du facteur trotskiste Olivier Besancenot, réside dans la présence, parmi ses candidats, d’une jeune femme portant le hijab, Ilham Moussaïd. La burqa va donc rester un des sujets phares de la vie politique française ces prochains mois. Cela suffira-t-il à distraire l’opinion publique française de ses autres préoccupations, telles que l’augmentation du chômage et la baisse du niveau de vie? On peut en douter. Surtout, ce débat risque fort de jeter un peu plus l’opprobre et la suspicion sur l’ensemble des musulmans de France, à commencer par toutes les femmes qui portent un simple voile. Les partisans de l’interdiction totale du voile intégral fondent leur position sur «la protection de la dignité humaine». Mais cet argument ne peut être invoqué que si les femmes concernées ne se montrent pas consentantes. Or la majorité des adeptes du niqab et de la burqa se déclarent libres et volontaires! Il est probable que, dans les mois à venir, la législation française interdira le port du voile intégral, non pas dans tout l’espace public, mais dans un certain nombre de lieux où montrer son visage peut être considéré comme une question de sécurité: établissements publics, écoles, administrations, banques… Mais comment la répression des contrevenantes va-t-elle pouvoir s’exercer concrètement? Bientôt c’est la police française qui va devoir gérer un problème qu’il aurait sans doute mieux valu régler par le dialogue.

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