Autrement : Gagnants et perdants de l’intervention en Libye

Autrement : Gagnants et perdants de l’intervention en Libye

comme le souhaitent le secrétaire général des Nations Unies et les Forces armées coalisées qui ont reçu un «feu vert» de l’organisation internationale pour porter un coup d’arrêt au massacre des civils libyens insurgés? «Les frappes aériennes n’ont pas pour objectif de chasser Khadafi mais de protéger les civils», répètent les responsables politiques occidentaux, quand bien même, il y a quelques semaines, le président Barack Obama affirmait : «Le colonel Khadafi doit partir». En face de la puissance de feu de la coalition internationale, il est peu probable que les moyens militaires du colonel Khadafi puissent longtemps faire face. Et l’intérêt des nations occidentales engagées au premier rang n’est pas de s’éterniser dans une guerre trop coûteuse en pleine crise économique. Mais il n’était pas, non plus, de l’intention des Américains de s’enliser dans des guerres interminables en Irak et en Afghanistan…
Les forces insurgées libyennes, regroupées à l’Est du pays, principalement dans la ville de Benghazi (un million d’habitants, le sixième de la population du pays), risquaient d’être vaincues de manière extrêmement sanglante par la contre-offensive lancée par le dictateur libyen et les forces qui lui sont fidèles. La décision du Conseil de sécurité des Nations Unies ouvrant la voie à des frappes aériennes en Libye et, surtout, le démarrage des bombardements ciblés, ont très certainement évité des massacres. Mais à quoi tout cela va-t-il conduire? Kadhafi garde de nombreux partisans, d’abord dans le cadre de sa tribu et des tribus alliées. Il a, au moins, 50.000 hommes bien armés à sa disposition. Il peut miser sur les victimes civils des bombardements de la coalition pour mobiliser en sa faveur, à l’intérieur et à l’extérieur de son pays. S’il se sent acculé, il peut aussi être tenté de choisir le chaos, en décidant la destruction et l’incendie des puits de pétrole comme l’a fait Saddam Hussein à la fin de son régime. Quant aux alternatives possibles au régime dictatorial du colonel mégalomane et sanguinaire, elles restent difficiles à distinguer. Le Conseil national de transition (CNT), créé autour de son président Moustafa Abdeljelil et autour du général Yunis, deux anciens ministres de Khadafi, doit encore faire les preuves de son audience dans le pays. On peut considérer qu’un des gagnants – au moins provisoire – de la situation libyenne, est le président français Nicolas Sarkozy. Grâce au retour du brillant ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, il peut espérer faire oublier la désastreuse attitude de la France au moment des révolutions tunisienne et égyptienne. La France donne actuellement l’impression d’être le fer de lance du soutien aux aspirants libyens à la démocratie. En revanche, l’engagement, en grande partie forcé, de la Ligue arabe à l’opération militaire en Libye, a déjà aussi ses victimes: les manifestants de Bahrein et du Yémen. Les régimes en place dans ces deux pays ont aujourd’hui les mains libres pour réprimer ceux-ci, sans risquer les condamnations occidentales.

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