Autrement : La question homosexuelle au Maroc

Autrement : La question homosexuelle au Maroc

On peut sans doute y voir le signe que le Maroc devient de plus en plus un espace de débats démocratiques. Pouvoir parler publiquement de questions qu’en d’autres lieux il est interdit d’évoquer, n’est-ce pas, en effet, un signe de santé? C’est ce que, personnellement, je retiens d’abord de tous les «bruits» qui se font entendre autour de la question de l’homosexualité au Maroc.
La «question homosexuelle» est désormais une question publique dans notre pays, c’est-à-dire une question qui fait débat et qui va nourrir encore longtemps les discussions. Car même si nous voulons l’oublier, elle ne manquera pas de se rappeler à nous en diverses circonstances. Ces dernières semaines, nous avons entendu parler du développement d’une association d’homosexuels marocains basée en Espagne: l’association «Kif kif». Nous avons eu droit, ensuite, à un discours très ferme du ministre marocain de l’Intérieur, affirmant avec force que la société marocaine ne se laisserait pas pervertir par la promotion de mœurs contraires à ses valeurs. Enfin, le jeune écrivain Abdellah Taïa a rendu publique, par voie de presse, une longue «lettre-confession» adressée à sa mère, lui demandant, avec beaucoup d’amour et de respect, qu’elle l’accepte, lui son fils, avec tout ce qui fait son identité, à commencer par son ineffaçable orientation affective et sexuelle.
L’homosexualité (c’est-à-dire le désir sexuel ou l’amour pour quelqu’un de son sexe) est vieille comme l’humanité. Son existence est attestée, depuis l’Antiquité, dans presque toutes les sociétés. Les chercheurs qui travaillent sur cette question considèrent que toute société compte entre 4 et 6% de personnes fondamentalement homosexuelles. Tout comme l’hétérosexualité, l’homosexualité a revêtu des visages divers. Quelque fois elle a été tolérée, y compris dans des sociétés musulmanes (les écrits de poètes arabes, perses et turcs des siècles passés en témoignent). La plupart du temps elle a été condamnée, pourchassée. Dans l’Europe chrétienne du Moyen-Age, les «sodomites» risquaient le bûcher. Aujourd’hui, le maire de Paris peut s’afficher fièrement homosexuel sans que la société majoritaire ne se montre outrée. Aux Etats-Unis, alors que quelques Etats se montrent favorables à l’institution du «mariage homosexuel», d’autres conservent une législation qui permet de poursuivre les actes de «sodomie». Au Maroc, l’article 489 du Code pénal stipule : «Est puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans, et d’une amende allant de 120 à 1000 DH, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe».
Partout où la question d’une acceptation de l’homosexualité s’est posée ou se pose, les débats sont passionnels. Parmi les gens du peuple surtout, chez qui les frustrations accumulées (notamment les frustrations sexuelles) peuvent trouver un exutoire facile dans la haine des personnes homosexuelles. Mais construit-on les sociétés sur la haine? Ceux qui veulent allumer des bûchers devraient y réfléchir.

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