Autrement : Le Coran et l’égalité hommes-femmes

Autrement : Le Coran et l’égalité hommes-femmes

Comme dans beaucoup de pays musulmans, le droit marocain de la famille et le statut des personnes s’inspirent de préceptes tirés du texte coranique. Cette élaboration du droit «moderne» à partir de la tradition coranique doit nous interroger. Elle est révélatrice d’une conception «utilitaire» du texte, qui consiste à le solliciter sur toutes les questions liées aux évolutions de nos sociétés : libertés démocratiques, droits de l’Homme, égalité des hommes et des femmes, «liberté» par rapport aux normes sexuelles… On se sert du Coran comme justification pour tout, y compris le plus nouveau. On veut que tout soit dans le Coran.
Certaines «féministes» de nos pays musulmans (comme certains interprètes modernistes) n’échappent pas à cet «utilitarisme textuel». Pour sortir des normes traditionnelles où d’aucuns les enferment à coup de versets coraniques, certaines vont chercher d’autres versets pour prouver le contraire. Elles privilégient alors ceux qu’elles estiment porteurs d’émancipation féminine et qu’elles considèrent comme le «véritable» sens de l’ensemble du texte. Elles soutiennent, et c’est très estimable, qu’il y a dans le Coran avant tout des décisions pragmatiques et opportunes, conçues dans un esprit égalitaire et éthique. Des réformistes et des néo-traditionalistes musulmans produisent de même toute une littérature pour prouver que l’éthique de l’Islam vise l’émancipation, qu’il propose l’égalité entre les hommes et les femmes.
Mais tout cela est-il pertinent ? N’est-on pas ici devant une rhétorique «politiquement correcte» pour «sauver» le texte ? Ne méconnaît-on pas ainsi que notre conception de l’égalité, voire l’égalitarisme d’aujourd’hui, est de notre époque et d’aucune autre ? En réalité, dans tout le Coran, des passages entiers – sur la polygamie, les femmes, l’héritage des garçons et des filles… – s’opposent à cette vision éthique moderne. On peut faire toutes les contorsions que l’on veut dans l’interprétation, mais on ne pourra éliminer ce fait. Et finalement, que l’on tente de prendre les prescriptions du Coran à la lettre, ou que l’on accuse la culture patriarcale de celui-ci, ou encore que l’on nie ces versets pour les remplacer par d’autres que l’on préfère, tout cela  ne relève-t-il pas d’un même contresens ?
Il nous faut inverser l’approche. L’exigence d’égalité interroge en effet aujourd’hui le Coran. Le Coran lui, comme révélation interroge les croyants sur leur capacité à répondre. Une civilisation de l’inégalité est en train de sombrer. Qu’annonce, au sujet de Dieu, un tel événement historique ? Telle est la question. Dit autrement : le Coran, peut-il être libérateur pour les musulmans et les musulmanes, de normes données pour un temps, le temps des hommes, normes «humaines trop humaines» ? Pour ses lecteurs et ses lectrices, le Coran peut-il être encore Révélation du nouveau ? Peut-il redevenir le message «qui libère», et non pas un catalogue préétabli de normes éternelles à l’usage des «bons» musulmans ?

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