Autrement : le trafic international des pauvres

Autrement : le trafic international des pauvres

Il est apparu que ces naufragés étaient des Kurdes de Syrie venus chercher asile en Europe. Ceux qui les ont convoyés jusqu’en Corse avaient-ils prévu de les laisser là? A travers eux, les organisations internationales de trafiquants ont-elles tenté une autre destination que celle, devenue classique, des terres italiennes, Sicile et Calabre? Ou bien le capitaine du bateau a-t-il été contraint d’improviser ce débarquement, pour des raisons que nous ignorons? En février 2001, déjà, même si beaucoup l’ont oublié, un paquebot rouillé avait échoué sur le littoral français du Var avec 910 passagers, des Kurdes de Syrie et d’Irak. Tous ont trouvé asile en Europe. L’arrivée de ces naufragés kurdes de Syrie a profondément agacé les autorités françaises. Lors d’un entretien télévisé sur TF1, le président Nicolas Sarkozy a solennellement averti, lundi 25 janvier : «Je le dis très simplement, nous soignons ces personnes, nous les nourrissons, nous les réconfortons ( … ) et nous les raccompagnerons chez elles». Le vœu des pouvoirs publics français était manifestement de pouvoir renvoyer aussitôt «chez eux» ces Kurdes indésirables. La France, cependant, est signataire de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, et il existe des procédures qui doivent être respectées. C’est ce qui fait que les juges français qui ont été appelés à se prononcer, ont fait remettre en liberté les Kurdes qui avaient été placés dans différents centres de rétention à travers le territoire français. Les naufragés resteront en France au moins quelques mois, avant d’être probablement «invités» à quitter le territoire. Pour retourner en Syrie où on ne veut pas d’eux davantage? La situation a fait sourire quelque peu les Italiens. Voici des années, en effet, que l’Italie voit arriver sur son territoire des «cargaisons humaines», des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à leur destin que viennent décharger différents bateaux. Dans les années 1989 à 1992, déjà, des milliers d’Albanais ont été déversés sur les côtes italiennes, sortant de bateaux surchargés qui étaient partis avec la complicité des autorités albanaises. L’Europe a dû offrir à l’Albanie d’importantes aides financières, pour que ce pays «n’exporte» plus ses pauvres, parfois ses «indésirables». Depuis, les pays d’origine des naufragés qui se retrouvent en Italie se sont diversifiés: Maghreb, Afrique Centrale, Irak, Afghanistan… Or la plupart de ces migrants ont été, ou sont accueillis et soulagés, et beaucoup ont trouvé un travail et leur place dans la Péninsule. La misère est tellement répandue dans le monde, qu’il sont des dizaines de millions les candidats au départ pour tenter de trouver hors de chez eux une vie meilleure, pour eux et pour leurs enfants. Cette aspiration n’est pas un crime. Là où réside le crime, c’est quand s’organisent et prospèrent des réseaux mafieux internationaux, qui incitent les pauvres à avoir recours à leurs « services ». Ces mafias doivent être combattues. Mais les pauvres, eux, ont droit à la solidarité.

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