Autrement : Penser l’autorité du Coran

Autrement : Penser l’autorité du Coran

Entre Mésopotamie et Arabie sont nées les grandes religions du Livre. Dans les pays de fleuves et de sable, les hommes ont fait cuire des tablettes d’argile où ont été conservées des paroles fondatrices. A travers des écritures différentes et successives – pictogrammes, idéogrammes, tablettes cunéiformes, hiéroglyphes… -, des sociétés majoritairement illettrées ont sauvegardé une mémoire, trouvé du contenu et du sens à ce qu’elles vivaient. Grâce à ces écritures, des hommes se sont rapprochés, ont créé des liens.
Des textes essentiels sont nés avec ces débuts de l’écriture: codes législatifs, récits imagés rapportant les hauts faits de tel ou tel grand personnage, épopées qui racontent l’origine du monde et des peuples, annales du pouvoir royal. Les rois consolident en effet leur pouvoir au moyen de ces écrits qu’ils contrôlent. La seule lecture des textes enregistrés par des «scribes» atteste leur puissance et leur autorité. L’écriture peut donner l’impression de «figer» pour toujours la réalité et le sens vécus. Pourtant, il suffit qu’un lettré s’en empare et lise à haute voix pour que la lettre tracée sur un support quelconque redevienne parole vive.
Le discours coranique fut ainsi d’abord une parole avant de devenir écrit, mais depuis qu’il est écrit, il est vivant parce qu’il est lu, relu, dit, récité, répété. Il est parole reçue comme une parole d’autorité, en raison de la signature qu’elle porte pour les croyants : celle de Dieu Lui-même. En effet, d’où vient le poids considérable des textes qualifiés de «sacrés» ou des livres dits «classiques» (par exemple, l’Iliade et l’Odyssée d’Homère)? De la richesse de leur contenu, bien entendu (ils parlent de questions essentielles), également de leur beauté littéraire. Mais aussi de l’autorité de Celui qui a posé sur eux son sceau. Cette signature est, pour les croyants, la garantie de leur véracité. Le Coran inspire, comme grand texte de «révélation», le respect et la confiance, parce que son «grand auteur» ou son «auteur ultime» est le respect et la confiance mêmes, la source de tout respect, de toute confiance et de toute vérité. «Dieu l’a dit, donc c’est vrai» : c’est vrai non pas parce qu’il s’impose et menace, mais parce qu’il ne peut tromper, justement, celui qui croit en Lui. Pour le croyant, aucune raison ne peut être supérieure à celle-là.
On associe souvent autorité et pouvoir (c’est-à-dire la force de s’imposer). Pour la philosophe Hannah Arendt, l’autorité, c’est au contraire la capacité d’obtenir l’obéissance «sans recourir à la contrainte par la force ou à la persuasion par arguments». L’autorité s’impose quand une personne qui a de l’autorité a du poids. Ce faisant, elle «augmente» aussi celui qui obéit. Pour se faire entendre, le Coran n’a pas besoin de donner des ordres militaires ou de recourir à la contrainte extérieure : il suffit qu’il soit proclamé et reçu dans la confiance, qui ne supprime pas l’intelligence et le discernement. Il «autorise» alors à son tour l’homme à prendre la parole, une parole d’héritier et une parole de nouveauté pour chaque génération.

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