Autrement : quand l’Islam fait peur aux Européens

Autrement : quand l’Islam fait peur aux Européens

Les sondages réalisés, au lendemain de cette votation, auprès des opinions publiques française, italienne et allemande, ont ainsi révélé une adhésion importante à l’attitude des citoyens helvétiques. Ainsi, un sondage Ifop a établi que 46% des Français seraient favorables à l’interdiction des minarets en France. Pire! 41% des Français seraient actuellement hostiles à la construction de mosquées dans leur pays.
Faut-il parler à ce sujet « d’islamophobie », ce terme pouvant désigner divers degrés de rejet à l’égard de la religion musulmane? Ce qui interroge, en premier lieu, c’est que, en 2001, les Français qui se déclaraient opposés à l’édification de mosquées représentaient 22% des opinions exprimées. On peut donc considérer qu’il y a une dégradation de l’image de l’Islam qui s’est opérée ces dernières années. L’actualité internationale, où trop de violences surgissent de sociétés majoritairement musulmanes (Afghanistan, Irak, Pakistan…), marque défavorablement les esprits occidentaux. La visibilité de plus en plus grande d’un Islam fondamentaliste au sein même des sociétés occidentales, est aussi de nature à faire naître des peurs et des phénomènes de rejet. Français comme Allemands, par exemple, ont du mal à supporter l’installation dans leur « paysage humain » de grands voiles islamiques, hijabs, burqas ou niqabs, de plus en plus nombreux. Ces tenues « islamiques » choquent leur rapport au corps, la conception qu’ils ont de la dignité et de la liberté féminines.
Les sociétés occidentales européennes affichent généralement avec fierté leur «sécularisation», le fait qu’elles sont devenues «modernes», libres et dynamiques  grâce à leur progressive émancipation ( depuis le XVI ème siècle ) par rapport au pouvoir de l’Eglise. La déchristianisation des populations est un phénomène massif. Cependant, l’imaginaire national de la plupart de ces sociétés reste pétri par deux mille ans d’histoire où le christianisme a joué un rôle central. La culture «post-chrétienne» reste largement «crypto-chrétienne»! Le candidat François Mitterrand l’avait bien compris quand, en 1981, il avait posé devant un clocher pour l’affiche de sa campagne des présidentielles. Un pays qui s’affiche très «laïc» comme la France a, en fait, une laïcité qu’on peut appeler, à la suite du sociologue Jean-Paul Willaime, une «catho-laïcité». Car même lorsqu’on ne va pas prier à l’église, le clocher demeure un repère identitaire. Comme les monuments civils (mairies, écoles publiques, gares… qui ont des architectures particulières selon les pays ), les monuments religieux, en effet, permettent aux populations de s’identifier à un territoire, de se sentir davantage «chez elles», ici plutôt que là.
On peut penser que les Européens n’ont rien à craindre de l’Islam et de leurs minorités musulmanes. Mais il faut savoir les en convaincre. «L’affaire des minarets suisses» et l’onde de choc qu’elle a provoquée, ont au moins l’avantage de mettre en évidence les peurs existantes, et d’appeler à la recherche de chemins d’apaisement

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