Autrement : Que recouvre la figure coranique d’Adam? Le mythe comme vérité

Autrement : Que recouvre la figure coranique d’Adam?
Le mythe comme vérité

Le Coran peut-il contenir des récits qui ne seraient pas historiques mais qui appartiendraient au langage mythique? La question peut paraître indécente à ceux qui confondent «légendes» ( c’est-à-dire des histoires qui sont inventées et racontées pour le plaisir ou pour des raisons pédagogiques ) et mythes. Le mythe, en effet, est une façon de rendre compte d’une réalité profonde en utilisant des images fortes, cela parce que le langage ordinaire ne peut suffire à exprimer cette réalité. «Il n’y a pas de langage religieux sans mythe», aimait à répéter le philosophe Paul Ricœur. Comment, par exemple, raconter les commencements du monde? Cela est tellement inconcevable pour nos intelligences, que, pour le penser, nous ne pouvons avoir recours qu’à des images, des analogies avec des choses connues. Ainsi, les scientifiques des temps modernes qui tentent de remonter le temps jusqu’au tout début de l’Univers, ont imaginé l’existence d’un «Big Bang» déclencheur de tout. Que dit, quant à lui, le Coran sur ces «débuts du monde»? A peu près ce que la Bible juive ou chrétienne a énoncé avant Lui : l’Univers et tout ce qu’il contient ont été créés par Dieu en un certain nombre de jours. Et, sommet de cette création, Dieu a placé au cœur de la Terre un premier homme — Adam –, à qui a été associée une première femme.
Ce premier homme, dont le nom sémitique ( «le glaiseux» ) rappelle la matière avec laquelle il a été fait ( l’humus ), représente une telle innovation, un tel prodige, que la tradition musulmane lui a donné le titre de «prophète». Car si Dieu a mis l’homme au sommet de sa création, cela n’a pu être  voulu que pour que celui-ci soit son vicaire, son témoin, son «porte-parole». Mais Adam est-il un personnage historique unique, ou bien est-il une figure représentative de l’humanité naissante, autrement dit: une figure collective? Est-il un personnage réel, ou une évocation de l’homme créé par la volonté de Dieu? Un «concept», en quelque sorte? Toutes les découvertes récentes de la paléonthologie, de l’archéologie, de l’anthropologie, de l’histoire, rendent cette question pertinente. Il y a eu, évidemment, des «premiers hommes», et même, un «premier homme». Mais s’agissait-il d’un «Monsieur Adam»? Car si «Monsieur Adam» a existé en tant que personnage historique réel, à quel moment de la construction des homidés doit-il être placé? Néanderthal? Cro-Magnon? Quand l’être humain ne se tenait encore pas debout et qu’il n’avait encore pas eu recours à la parole? Ou bien quand tout cela était acquis? L’Adam du Coran, comme celui de la Bible, est déjà un homme accompli. Aux yeux des connaissances scientifiques actuelles, il est déjà le résultat de toute une histoire.
Adam: «mythe» ou «réalité»? Nous avons trop souvent l’idée que la vérité doit coïncider avec la réalité que nous pouvons toucher du doigt. Or le langage mythique nous apprend que ce qui est vrai peut se dire autrement qu’à partir de la réalité historique.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *