Autrement : raconter pour pardonner

Autrement : raconter pour pardonner

Mais «Hors-la-loi» n’en a pas moins fait événement, puisque toute une polémique a commencé à se développer en France à son sujet, et qu’une manifestation d’hostilité à son égard a eu lieu le 21 mai à Cannes, rassemblant quelque 1 300 manifestants: rapatriés d’Algérie, anciens combattants, élus de la majorité présidentielle… Rachid Bouchareb, né à Paris en 1953 de parents algériens, a le souci de travailler à la guérison des mémoires blessées. Il sait que les souffrances qu’on ne laisse pas s’exprimer créent toujours plus de ressentiment et empêchent les processus de réconciliation. C’est ainsi que, voici quatre ans, son film «Indigènes» a voulu rendre hommage aux 130.000 soldats africains, dont beaucoup de Maghrébins, qui, enrôlés par l’empire colonial français et transplantés sur la terre de France, ont combattu l’ennemi nazi entre 1943 et 1945 puis sont tombés dans l’oubli. Le succès du film (trois millions d’entrées) a permis, quarante ans plus tard (!), que les anciens combattants «indigènes» encore vivants puissent percevoir les mêmes retraites que leurs compagnons d’armes français. Avec «Hors-la-loi», le cinéaste s’est attaché à relire une des pages les plus sombres de l’histoire de l’empire colonial français: celle des massacres de populations par l’armée française qui ont eu lieu en mai 1945 dans la région du Constantinois. Le jour même – 8 mai 1945 – où l’Allemagne nazie capitulait devant les forces alliées, jour de victoire de la liberté contre l’oppression, une manifestation indépendantiste dégénérait à Sétif et allait entraîner de terribles violences. Au meurtre d’un jeune Algérien par un policier français, allaient succéder des vengeances contre les colons européens: une centaine de ceux-ci furent tués dans la région, et une centaine d’autres blessés. La répression fut terrible: plusieurs milliers de civils algériens massacrés, entre 8.000 et 45.000 selon les sources. Dans son film, Rachid Bouchareb raconte le parcours de trois frères, témoins des massacres, qui, venus dans l’Hexagone, se trouvent plongés dans les excroissances de la guerre d’indépendance algérienne en France. Son travail ne prétend pas à une totale objectivité historique (si tant est que celle-ci puisse exister). Il se veut une fiction évocatrice d’une terrible période qui divise toujours les peuples algérien et français, et dont la vision au cinéma devrait pouvoir aider à la libération et à l’échange de paroles. Comme l’a justement exprimé l’une des interprètes du film, l’actrice algérienne Chafia Bouadraâ :  «Il faut raconter pour pouvoir pardonner». Malheureusement, la France d’aujourd’hui n’arrive toujours pas à regarder en face les côtés obscurs de son histoire, et elle est encouragée dans cette cécité par un président de la République qui, à plusieurs reprises, a refusé toute attitude de repentance. Mais comment parvenir à de vraies relations de confiance et d’amitié entre Français et Maghrébins, si les crimes commis ne sont pas reconnus?

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