Autrement : Un an de «starkozisme»

Autrement : Un an de «starkozisme»

«L’homme doit agir le plus possible pour exister le plus possible». Cette sentence du philosophe Leibniz, le président français Sarkozy semble l’avoir adoptée pour devise. Il existe, et il le fait savoir! Depuis un an qu’il préside aux destinées de la France, il ne laisse personne indifférent. Il séduit ou agace, fascine ou suscite les plus profonds rejets. Certains considèrent qu’il a complètement reconfiguré la fonction présidentielle, tandis que d’autres pensent qu’il l’a terriblement dévaluée.
Sarkozy ne fait pas que dépasser les limites: il déplace les lignes, fait bouger les frontières entre ce que l’on considérait jusque-là faisable ou pas, discible ou non. En se comportant comme il le fait -il cherche la rupture à commencer dans sa façon d’être président – il invente, d’une certaine façon, un nouvel espace où les valeurs traditionnelles sont bousculées. Ainsi lorsqu’il accepte de faire la couverture du magazine people «Closer», ou quand il expose aux yeux de tous son goût de l’argent, du pouvoir, du show-biz. Nicolas Sarkozy entraîne l’opinion dans une «geste» politique à dimension théâtrale. Il tente d’organiser au mieux la  mise en scène de son personnage, mêlant allègrement vie publique et vie privée: escapade estivale aux Etats-Unis dans la demeure d’un milliardaire, voyage en Jordanie avec celle qu’il épousera en troisièmes noces quelques semaines plus tard, annonce fracassante de la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique…
Plus que ses prédécesseurs de la Vème République, qui étaient déjà des «monarques électifs», Sarkozy tente d’incarner à lui seul la nation, l’Etat et tout son appareil. Avec lui, le rôle dévolu normalement au chef de gouvernement est réduit à une peau de chagrin. A tout moment, les ministres courent le risque d’être «doublés» par le chef de l’Etat. La liberté de parole des uns et des autres est sous contrôle élyséen : on se souvient, notamment, de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme Rama Yade, obligée de rentrer docilement dans le rang après avoir critiqué ouvertement la venue à Paris du chef d’Etat libyen, ou pour avoir laissé entendre que le président ne se rendrait pas à l’inauguration des Jeux Olympiques de Pékin.
Sarkozy a aussi ceci de particulier qu’il communique en permanence sur des modes différents. Durant la campagne des élections présidentielles, on l’a beaucoup entendu jouer la fibre paternaliste, parlant à ses concitoyens comme un père soucieux du bien-être de ses enfants. Mais il peut se positionner, aussi, comme une sorte d’enfant qui, ayant exploré l’interdit, vient confesser ses fautes! On se souvient du «Descends un peu là, pour voir!», lancé à un pêcheur breton qui le prenait à partie, ou encore du «Casse-toi, pauvre con!» jeté à la figure d’un homme qui refusait de lui serrer la main. Sarkozy fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. La seule chose sur laquelle on peut encore le coincer, c’est sur ce qu’il a dit qu’il ferait et n’a pas encore fait. Et c’est aussi là la seule chose qui ne rompt pas avec la tradition de ses prédécesseurs !

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