Autrement : Uzair, figure de la discorde

Autrement : Uzair, figure de la discorde

Beaucoup de musulmans se retrouvent, ainsi, partie prenante de rencontres publiques avec des intervenants juifs et chrétiens. Dans ces occasions, la politesse veut que chacun parle à l’autre «de la meilleure des façons» comme  le demande le Coran. Les musulmans vont donc, la plupart du temps, mettre en avant les versets coraniques qui rendent hommage aux «gens du Livre»… se gardant bien de citer d’autres passages qui, eux, sont de nature à fâcher les croyants entre eux!
Parmi ceux-ci, le verset 30 de la sourate 9: «Les Juifs disent : «Uzair est fils de Dieu», et les chrétiens disent: «Le Christ est fils de Dieu». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Que Dieu les anéantisse! Comment s’écartent-ils de la vérité?».
Les chrétiens, pour qui Jésus appartient à l’être même de Dieu et peut être appelé «Fils de Dieu», se reconnaissent sans difficulté dans ce résumé qui est fait de leur foi, même s’ils ne se considèrent pas, évidemment, comme «mécréants». Les Juifs, en revanche, ne comprennent pas l’origine de cette accusation coranique à leur égard, car jamais dans leur histoire ils n’ont prétendu qu’un certain «Uzair» était « fils de Dieu». D’ailleurs, qui est cet «Uzair» qui n’est mentionné sous ce nom ni dans la Bible ni dans la tradition juive?
La réponse nous est donnée par la tradition islamique, qui depuis les plus anciens commentaires identifie ce personnage avec le prêtre et scribe Esdras, personnage principal du Livre d’Esdras dans la Bible, et qu’on retrouve dans un autre récit biblique, celui de Néhémie. Pour les Juifs, Esdras représente un personnage important. Le Talmud voit en lui un homme de la stature de Moïse. Spécialisé dans la connaissance des textes et des traditions, il a eu pour tâche de réorganiser la communauté juive de Jérusalem après l’exil à Babylone, dans les années 400 avant l’ère chrétienne. Plusieurs livres bibliques auraient été publiés sous son autorité. Mais cela n’en fait pas, pour autant, pour les Juifs, un «fils de Dieu»!
Il apparaît, en fait, qu’au deuxième siècle avant l’ère contemporaine, a été rédigé un livre attribué faussement à Esdras, et qui appartient au genre littéraire dit «apocalyptique». On l’appelle «Apocalypse d’Esdras» ou «Quatrième livre d’Esdras». Ce livre n’est pas dans la Bible, mais il a nourri pendant plusieurs siècles l’imaginaire des Juifs puis celui des chrétiens qui s’en sont emparés. Cet apocryphe parle de l’avènement du messie également appelé «Fils de l’homme», un titre dont les Evangiles nous disent que Jésus se l’attribuait. Dans certains milieux, une confusion entre ce «Fils de l’homme» et Esdras a pu se faire. D’où le verset coranique qui nous intéresse. Une fois encore, on constate que la compréhension du Coran demande que l’on sache regarder les autres textes religieux qui l’ont précédé ou entouré.

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