Cachez-moi ce miroir que je ne saurais voir…

Cachez-moi ce miroir  que je ne saurais voir…

L’annonce de la fermeture du marabout-hosto de «Bouya Omar» qu’on espère très prochaine, sans oublier le sacre du Wydad et celui du Barça qui sont arrivés presque en même temps juste pour narguer les supporters de leurs adversaires, et pourtant on ne parle que de «ça» : le film «scandaleux» de Nabil Ayouch au titre peu évocateur de «Much Loved» ou, en arabe, «Ezzine li fik» et dont je propose une traduction: «Tu es si belle…».

Si j’ai choisi ce sujet pour ma chronique hebdomadaire de cette semaine, c’est parce que les réactions contre ce film, donc une œuvre cinématographique, donc artistique, ont dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Je vous l’ai dit : on ne parle que de «ça» ! Et on en parle partout, c’est-à-dire aussi bien sur les terrasses des cafés, au boulot, au marché et même dans les foyers. On m’a raconté que certaines mamans et certains papas qui seraient plutôt du genre pudique n’ont pas hésité à demander à leurs rejetons de leur montrer les vidéos qu’ils ne sauraient voir avec eux mais qu’ils visionneront quand même et se rinceront les yeux en privé, parce que, chez ces gens-là, mesdames et messieurs,  «on ne regarde pas ces choses-là en famille».

Et à propos de vidéos, je n’ai pas fait le compte, mais au vu de certains chiffres inscrits en bas des vidéos incriminé, on doit être facilement à plus d‘un million de personnes qui les ont vues et sûrement revues et ce, en moins de 3 jours. D’autre part, à la lecture de ce que j’ai lu sur les réseaux sociaux et ce que j’ai entendu dire à voix haute, la majorité condamne sans appel ce film comme s’il s’agissait d’un blasphème.

On est allé même jusqu’à demander des sanctions disciplinaires exemplaires contre son auteur qui ne serait «qu’un ennemi  de notre religion et de notre pays. Mais, c’est quoi, ce délire? D’abord, je le répète, il s’agit d’un film et seulement un film. Ce film montre ce que tout le monde sait mais ce que personne n’a envie de voir, ou du moins, «pas en famille». De plus, ce film, presque personne au Maroc ne l’a encore vu jusqu’à présent. Et pourtant on se contente de quelques séquences partielles sélectionnées par le producteur lui-même pour porter un jugement qu’on voudrait imparable et irréfutable.

Justement, un grand connaisseur de la chose cinématographique a eu le privilège de le voir à Cannes et donc, lui, il a le droit de le juger et de dire ce qu’il en a pensé. Il s’agit de mon ami et confrère de Médi 1, Bilal Marmid, celui qui est connu pour dire tout ce qu’il pense des gens en face. D’ailleurs, je vais le laisser vous le dire directement: «… Tout cinéaste dans le monde a le droit de choisir le sujet de film qu’il veut et le traiter sous l’angle qu’il veut… Ce qui peut irriter c’est quand le sujet est grand, et quand ce cinéaste veut traiter de plusieurs thèmes comme la prostitution, la pédophilie, l’homosexualité, la corruption et tout cela à la fois. Cela risque de créer le flou et la monotonie…».

Comme vous le voyez, Bilal donne une appréciation comme cinéphile et non pas comme censeur comme c’est le cas de tous ces faux dévots qui jouent aux moralisateurs ou toutes ces saintes nitouches qui se montrent effarouchées. Et puis  il y a les prétendus défenseurs de «l’image du pays». À mon avis, ils sont les pires. Ils ne nient pas que tout ce dont parle Ayouch ou d’autres existe bel et bien, mais, sous couvert de préserver «la bonne réputation du Maroc», ils aimeraient interdire toute production d’une image ou d’un son qui montreraient ses «mauvais côtés».

«Ça pourrait profiter à nos ennemis», nous expliquent-ils. Mais, ils ne savent pas que nous sommes nos propres ennemis et si guerre il devrait y avoir, ce sont nous qui devons la mener contre nos propres tares que d’ailleurs aucun film, aussi cru ou subtil soit-il, n’est capable d’éliminer.

Comme disait d’ailleurs également Bilal Marmid dans son papier, j’espère que ce film, qui soulève tant de réactions, arrivera aussi à ouvrir un débat sans fard et sans masque et contribuera à rendre les Marocains plus audacieux pour affronter leurs nombreux défauts et le Maroc plus courageux pour combattre ses nombreuses imperfections.

En attendant, je souhaite à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas peur de se regarder dans la glace un très bon week-end. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : pourquoi tous les dirigeants politiques ont décidé soudainement de venir nous voir chez nous et nous déclarer leur flamme ?

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *