Cadrage : Double contrainte

Comment être un entrepreneur digne de ce nom, au Maroc ? Comment être capable de générer des richesses, créer des emplois et participer au développement socio-économique du pays? Si la recette venait à se savoir, ces lignes n’auraient pas été écrites. Mais ce qui est évident, c’est qu’être un entrepreneur aujourd’hui, c’est surtout être confronté à mille et une déceptions. La dernière en date est venue de là où l’on s’y attendait le moins : le projet de loi de Finances 2004. Un projet censé donner un nouvel élan à la chose économique, avec une approche un peu plus imaginative. Rien n’en est. Le statu quo reste le maître mot, dans un environnement en mal terrible de changement. Et pour cause. Tout d’abord, la loi de Finances brille par l’absence des cadeaux fiscaux, promis à grands coups de communication et attendus avec un tout aussi grand enthousiasme par les milieux d’affaires. Loupé ! Ce ne sera pas pour cette année. Ni baisse de l’IGR de 44% à 41,5%, ni même la presque insignifiante baisse de la TVA, de 20% à 19%. Du changement, il n’y en aura pas. Des révisions, si. Mais à la baisse. La plus notable serait celle de 2,5% du budget d’investissement. Avec toutes les répercussions d’usage d’une telle oeuvre sur la croissance et sur le climat d’affaires. Le moins que l’on puisse prévoire c’est que ce ne sera pas la pêche. D’autant qu’une question ne risquera pas d’être posée. Comment compenser les manques à gagner précités ? Par quelle gymnastique devrait-on balancer la revalorisation des salaires minimum, de l’ordre de 10%, et dont la première tranche a été entamée en juillet dernier , la seconde étant attendue en juillet 2004 ? Ne s’achemine-t-on pas vers une grogne sociale qui risquerait de donner un coup de balai fatal aux accords sociaux, historiques faut-il dire, fraîchement conclus entre le patronat, le Premier ministre et les autres partenaires sociaux? Ce qui paraît désormais sûr, c’est que l’Etat a toujours les yeux rivés sur les équilibres macro-économiques. On cherche à réduire la dette extérieure par tous les moyens. La volonté de maîtrise de la dette extérieure se répercute sur la dette interne, de plus en plus lourde. Et la plus grande partie des liquidités bancaires vont à l’Etat. Les entreprises doivent encore, et toujours, attendre. Ou bien, virer vers un secteur informel, déjà très fortement représenté dans l’économie marocaine. Mais vu que tout le monde est traqué par la déclaration fiscale, même cette option ne semble pas envisageable. Pris entre l’enclume de la nécessité d’une auto-mise à niveau, qui impose plus d’un préalable en termes d’infrastructures et d’efforts étatiques plus entreprenants à même de relancer la micro-économie et le marteau d’une administration qui pontifie de tout, sauf des mesures d’incitations qui s’imposent, l’entrepreunariat marocain continuera donc à jongler entre cette double contrainte avec tous les risques et les écarts qui vont avec.

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