Carnets parisiens

Abdallah d’Arabie. Il aurait fallu être une petite souris tapie dans l’ombre des salons dorés pour écouter le dialogue à peine murmuré entre un Nicolas Sarkozy aux ressorts nerveux et impatients de la jeunesse et le Roi Abdallah d’Arabie, un septuagénaire tout en retenue et en lenteur. Ce fut la première rencontre entre les deux hommes depuis que l’Elysée a un nouveau locataire. La tentation était grande de savoir comment le bouillant Sarkozy, au tempérament et méthodes éruptives, allait procéder à la «déchiraquisation» tant invoquée des relations entre la France et ses partenaires arabes. N’a-t-il pas dénoncé avec fougue la personnalisation excessive des liens que son prédécesseur avait établis avec les Rois et les Présidents du monde arabe, allant jusqu’à une connivence coupable et une complicité paralysante ? N’a-t-il pas promis un cadre plus pragmatique d’où seraient bannis les réseaux clientélistes et la politique du bakchich institutionnel? Au-delà de ces considérations, Nicolas a besoin de Abdallah sur deux niveaux d’une vitalité indiscutable : Faire avancer et conclure de nombreux contrats juteux, en suspens, entre certaines entreprises, fleurons de l’économie française, et le riche Royaume d’Arabie, et instrumentaliser l’influence saoudienne pour tenter de résoudre l’imbroglio libanais, nouvelle mouture, sur lequel la diplomatie française semble avoir jeter son dévolu.

Salman de Londres. Parmi les sujets collatéraux qui se seraient bien prêtés à une digression entre les deux hommes, un petit commentaire, d’une légèreté toute diplomatique, sur la décision de la Reine d’Angleterre d’anoblir le célèbre auteur des «Versets sataniques», Salman Rushdie, condamné à mort par une Fatwa mondialisée lancée contre lui en 1989 par l’Ayatollah Khomeiny. La violence de la polémique qui s’en est suivie témoigne de la malédiction encore vivace qui continue de poursuivre l’écrivain britannique d’origine indienne dans la galaxie de l’extrémisme islamique. Ceux qui ont pris la décision politique de le faire savent les conséquences d’un tel acte sur les foyers du Shiisme effervescent que sont devenus l’Irak, le Liban et une grande partie des pays du Golfe… Ce vent de protestation ne va certainement pas faciliter la mission de Tony Blair, si jamais il accepte l’invitation américaine à devenir l’envoyé spécial du Quartet au Proche-Orient.

Pervez d’Islamabad. Le Pakistan et son président Pervez Musharraf sont devenus ces derniers temps les vedettes-épouvantails de la presse américaine. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un influent éditorial n’appelle à revoir de fond en comble la relation de la Maison-Blanche avec le président Musharraf. Les plumes américaines se déchainent et les charges sont impitoyables : le véritable front de la guerre contre le terrorisme ne se situe pas en Irak mais au Pakistan, Pervez Musharraf n’est pas notre allié mais le saboteur de notre politique. L’armée pakistanaise est soupçonnée de jouer un double jeu dans la crise afghane en maintenant au chaud la carte des Talibans et en trainant les pieds dans sa guerre contre les réseaux d’Al Qaida… Que d’amabilités… En termes d’image, le Pakistan risque de voir la sienne assombrie d’avantage après la sortie ce Week-end sur les écrans américains d’un film intitulé «A Mighty Heart» inspiré du livre de Mariane Pearl écrit après l’enlèvement et l’assassinat par Al Qaïda en 2002 à Karachi de son mari, le reporter au «Wall Street journal» Daniel Pearl. Le film qui possède les ingrédients d’un succès planétaire, est joué par Angelina Jolie dans le rôle de Mariane Pearl et produit par Brad Pitt.

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