De toutes les couleurs : L’art du risque

De toutes les couleurs : L’art du risque

Exposer ses œuvres, ses idées, ses rêves et ses convictions devant les autres et donc s’exposer à leur critique subjective, dépendant de leur culture, de leur environnement et de leur condition sociale est aussi un grand risque que l’artiste prend de manière régulière. Qu’il soit écrivain, poète ou peintre, à chaque image que l’artiste crée, c’est sa propre image qu’il risque. Bien sûr, il y a divers types de risques. Et malgré la difficulté dans la gestion du risque, du fait que l’événement concerné se situe dans le futur, on peut très bien l’identifier, c’est-à-dire, parmi les signaux faibles détectés, reconnaître ceux dont les risques potentiels sont importants.  Un risque peut donc être estimé, contrairement à l’incertitude qui est une perte potentielle non quantifiable.
Les risques calculés, pris par une compagnie d’assurance, ne sont pas les mêmes que ceux, démesurés, pris par ces jeunes Sud-Africains de Soweto que l’on surnomme «Train-surfers» et qui «dansent» au-dessus et autour de trains en mouvement !
Mais chez-nous les artistes, il est souvent très difficile d’évaluer le risque que l’on prend en franchissant un pas ou en prenant un virage. En plus, la sensation du risque est un phénomène très subjectif, voire irrationnel, lié à la façon qu’a chaque artiste de percevoir une situation dans son environnement, ce qui dépend pour une bonne part de son capital culturel et de ses intérêts.
Quelquefois prendre un tout petit risque peut s’avérer très nuisible. Et inversement, un risque qui est potentiellement, artistiquement suicidaire pourrait au contraire donner la vie éternelle. C’est le cas de Marcel Duchamp quand il a osé exposer un simple urinoir de ceux que l’on fabrique en série. Un urinoir qui, au lieu de lui attirer la foudre de la critique et le mépris des gens ordinaires, l’a rendu «artistiquement» immortel !
Je pense que cette incertitude accompagnant le risque chez les artistes crée une situation propice à la créativité. Le fait de passer d’une technique à une autre, d’une idée à une autre, d’un matériau à un autre ou d’un support à un autre, évoque de nouvelles perceptions et force donc les artistes à oser de nouvelles choses, à prendre des risques. Quand un artiste ose quelque chose de nouveau et qu’il a l’élégance de vouloir réussir, il apparaît souvent et spontanément une sorte d’énergie, de détermination et de courage pour l’y aider.
C’est en étant craintif, en ayant peur de l’échec que l’on cesse d’apprendre et de créer !
Mark Rothko (1903-1970, peintre connu comme «expressionniste abstrait») disait que l’art est une aventure dans un monde inconnu qui ne peut être exploré que par ceux capables de prendre des risques !     
De même, T. S. Eliot (1888-1965, poète) disait que seuls ceux qui osent aller trop loin savent jusqu’où ils peuvent aller…

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *