De toutes les couleurs : le choc en art

De toutes les couleurs : le choc en art

Paul Gauguin s’étonnait déjà qu’à son époque «on pouvait tout oser, et en plus, personne n’était surpris.» Plus tard, Marilyn Monroe, par exemple, avouait aimer particulièrement faire les choses que la censure ne laissait pas passer. On dit aussi, qu’afin de choquer les gens, Salvador Dali était capable de cracher sur la photo de sa propre mère décédée ! Depuis quelques décennies, chercher à choquer est monnaie courante. Beaucoup d’artistes ont utilisé l’effet de choc pour attirer l’attention du public. Et la tendance actuelle est de choquer les gens pour paraître «différent»; parfois sans avoir la moindre idée de l’histoire de l’art, ni de ses étapes historiques déterminantes. C’est peut-être la normalité qui choque le plus, aujourd’hui ! Le plus surprenant est qu’on n’est plus choqué par un grand nombre d’œuvres censées nous choquer! A force de chercher à choquer, le choc a de moins en moins d’effets sur les gens. Aujourd’hui, il n’y a plus que les conservateurs têtus qui croient encore que l’art peut créer la subversion ou que la société peut encore en être fortement affectée… La tentative du mouvement Dada de choquer la bourgeoisie s’est progressivement neutralisée par notre aptitude grandissante à absorber les chocs, car une surcharge de choc finit par tuer les sentiments au lieu de les exciter. L’excès de bruit finit par rendre les gens sourds ! D’un autre côté, il ne s’agit pas de croire que tous les artistes qui choquent cherchent nécessairement à choquer. Certains ont des idées surprenantes, troublantes, saisissantes, mais pas choquantes. Le choc, même le dégoût, provoqué par un travail authentique fait partie de l’œuvre. Il ne s’agit pas de forcer les artistes à s’installer dans une sorte de formule qui risquerait de banaliser leur travail car les artistes sont censés être des gens un peu fous, de déranger, de surprendre. Les artistes originaux, surprenants, travaillent généralement à la limite entre la vérité et la paranoïa ce qui donne à leur art la force d’étonner, de transformer, d’agripper. L’art contemporain nous offre la surprise, le choc, et parfois même l’inconfort de l’inattendu. Mais les initiés, et ceux qui ont accumulé une expérience certaine, apprennent à lire, à absorber ou même à s’amuser plutôt qu’être choqués.  Ils ont la capacité de percevoir les connexions inattendues qui, généralement, choquent le sens commun. D’autres artistes utilisent le choc pour créer au lieu de chercher à choquer. Ainsi, pour Matisse, le choc du premier regard est déterminant. «Du choc de la première contemplation d’un visage dépend la sensation principale qui me guide durant l’entière exécution d’un portrait», dit-il. Et Joan Miro confirme cela : «Je commence ma peinture sous l’effet d’un choc, que je ressens et qui me fait fuir la réalité…»

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