Hors-jeu : Acharnement caractérisé

Hors-jeu : Acharnement caractérisé

Compter sur la reconnaissance d’âmes viles, c’est se frustrer des assiduités qu’attire l’espérance. L’objet de l’espérance est toujours présent, et celui de la reconnaissance se perd bientôt de vue. Ainsi, l’on gagne bien davantage avec l’une qu’avec l’autre. À peine s’est-on désaltéré qu’on tourne le dos à la fontaine : à peine a-t-on pressé l’orange qu’on la jette. Dès que la dépendance ne subsiste plus, la relation et, avec elle, la considération cesse. Adil Belgaïd, le champion marocain de judo est exclu de la sélection nationale sans en être averti. Tout à coup, il s’est trouvé devant le fait accompli alors qu’il se préparait rigoureusement et misait gros sur le championnat du monde qui aura lieu bientôt à Osaka. Revenir sur les raisons de cette attitude pour le moins ingrate serait pure redondance. La Fédération Royale Marocaine de Judo a décidé de suspendre Belgaïd de toute activité fédérale jusqu’à nouvel ordre pour attaques virulentes et injustifiées à l’égard du directeur technique national. La presse nationale est revenue maintes fois depuis des mois sur les différends entre Belgaïd et la Fédération et plus particulièrement le DTN. Ce dernier juge Adil, vieilli, dépassé…Adil Belgaid est connu depuis des années pour être la locomotive du judo national. Sextuple champion d’Afrique, médaillé des Jeux Méditerranéens et des Jeux de la Francophonie, trois fois champion Panarabe et deux fois classé septième au niveau mondial, Belgaid, 33 ans, tient coûte que coûte à continuer de défendre les couleurs nationales. Si le DTN l’en juge incapable, c’est l’occasion pour le laisser s’humilier dans ce championnat du monde devant le public. De ce fait, Belgaïd comprendra automatiquement qu’il est réellement fini. C’est le tapis qui détermine : qui est apte à défendre le drapeau national de qui ne l’est pas. Si un accrochage verbal a eu lieu entre le champion et son DTN, cela rentre dans le cadre du règlement disciplinaire et les instances concernées se prononceront sur la conduite à tenir à l’égard de Belgaïd. Mais l’intérêt du sport national doit primer dans ces circonstances. Dans une manifestation de l’envergure du championnat du monde, tous les efforts seraient les bienvenus pour la réputation du sport national. Après seulement, on lave notre linge sale, s’il y en a effectivement, en famille. Mais de là à priver un champion national et une valeur sûre de son droit de défendre les couleurs de son pays, cela relève tout simplement de l’abus et de l’injustice. Bien avant Belgaïd, d’autres champions ont préféré se retirer en silence ou bien par dégoût ou bien par un blocage imparable résultant de différentes manigances de certains responsables de la Fédération. Où est passé ce dévouement au sport national ? D’un autre côté, personne n’a le droit de priver un champion de longue date d’une bonne fin de carrière. Ce serait de l’ingratitude gratuite qui ne mettrait pas en confiance d’autres futurs champions. Lorsque nous rencontrons quelqu’un qui nous doit de la reconnaissance, nous nous le rappelons sur-le-champ. Combien de fois rencontrons-nous des personnes à qui nous devons de la reconnaissance, sans y penser ?

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