Hors-jeu : Entretenez la pépinière

En parlant des problèmes du football national, il est de coutume chez les observateurs de focaliser leurs critiques et analyses sur les équipes seniors. Le début de la saison 2003-2004 n’apporte visiblement rien de nouveau, la situation étant toujours la même. La souffrance au niveau d’infrastructures, de moyens et de droits des joueurs et d’entraîneurs est énorme. Si les grands clubs soi-disant structurés et dotés de riches palmarès arrivent à peine à tenir la cadence, qu’en est-il des équipes qui ne possèdent qu’une grande volonté et un public dévoué mais pauvre ? La situation étant comme tel, il n’est pas question de se demander comment se porte le foot au niveau des juniors. Véritable alimentateur des équipes, cette catégorie évolue dans un contexte lamentable. Même sur le plan médiatique on ne parle des juniors que passagèrement en fournissant dans les meilleurs des cas les résultats de la compétition en fin de semaine. Comment évoluent ces jeunes ? Comment sont-ils encadrés et surtout comment sont-ils entretenus et motivés ? Personne ne peut fournir une réponse exacte et généralisée. Les jeunes des grandes équipes sont mal en point, et les grands des petites équipes évoluent précairement pour que l’on s’enquière des juniors. Pourtant, ce sont ces jeunes qui constituent la mine inépuisable de talents, la relève et en un mot, l’avenir de la discipline. Hormis les occasions, éliminatoires, qualifications et autres, lors desquelles notre sélection juniors évolue, les médias nationaux ne se soucient guère du parcours des jeunes joueurs et de leur vécu. Beaucoup d’entre eux ont laissé tomber leurs études pour se consacrer à un avenir certes ombragé mais qui permet au moins dans le rêve, de se comparer à Haji ou à Naybet. Les années passent, alors qu’un grand pourcentage de ces jeunes n’a jamais dépassé le stade des souhaits. Ils se tuent à l’entraînement et tiennent à être constamment présents à la compétition. Mal nourris, car la majorité d’entre eux est issue de milieux défavorisés, mal instruits pour les mêmes raisons, on ne peut attendre de ces jeunes qu’ils soient à la hauteur de leurs aînés. Quelques-uns ont réussi à quitter le Maroc à un âge précoce et furent immédiatement pris en charge par des clubs professionnels en Europe. En l’espace de deux ou trois ans ils sont intégrés dans la compétition côte à côte avec les pros. Du coup, ils préservent une grande dignité, assurent matériellement leur avenir et trouvent les circonstances favorables à un perfectionnent continu de leur talent souvent inné. Le tournant dans la vie de la plupart de ces jeunes oubliés se joue en seulement deux à trois années au maximum. Si cela ne tient pas, celui qui fut un jeune talent bascule automatiquement dans le vide. Dépourvu d’encadrement, il ne peut plus faire marche arrière et intégrer l’école à nouveau, sa famille ne voudra plus d’un fainéant qui ne pense qu’à «jouer» et il va droit vers la délinquance ou une tentative dérisoire de «Hrig». Le bas niveau disciplinaire de certains de nos joueurs puise un peu ses ressources dans des situations du genre. C’est trop facile de leur en vouloir.

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