Hors-jeu : La prime des sportifs

Bahia Mouhtassine vient de remporter pour la énieme fois le championnat du Maroc de tennis. Elle devait être heureuse. Mais ce ne fut pas le cas puisqu’elle a exprimé rapidement son amertume jusqu’à regretter de ne pas avoir opté pour la nationalité qatarie quand cette opportunité lui a été offerte. Il fallait comprendre que la championne d’Afrique, classée aujourd’hui 170 ème mondial, se plaignait du manque d’aide de la part de la fédération , des sponsors et de l’Etat. C’est une revendication légitime pour une joueuse qui pouvait aller loin dans le circuit professionnel mondial. Certes elle ne devait pas renier sa nationalité, quand même elle la garderait si elle l’avait été naturalisée,  mais il faut admettre que tout pousse nos sportifs à emigrer ailleurs. On a aussi de l’amertume quand on entend une jeune fille prometteuse regretter indirectement d’être née marocaine. Ce qui n’affecte en rien son patriotisme et celui de sa famille qui s’est sacrifiée totalement pour qu’elle puisse faire une carrière dans cette discipline. Son pere a depuis des années frappé à toutes les portes sans que personne ne daigne répondre à ses doléances. Ce qui n’est pas étonnant puisque les sportifs doués dans plusieurs disciplines qui ont jeté l’éponge faute de moyens ne se comptent plus. La désertion est devenue monnaie courante depuis le début des années quatre-vingt-dix quand des athlètes de haut niveau avaient failli rester aux Etat-Unis. Depuis d’autres athlètes ont fui, suivi plus tard par des footballeurs et autres sportifs qui ont atterri soit dans les pays du Golf, soit en Europe ou aux Etat-Unis. Cette fuite des meilleurs talents marocains ressemble à la fuite des cerveaux qui a aujourd’hui pour destination le Canada. Mais le cas de Bahia est un peu différent dans la mesure où elle est l’une des rares joueuses à avoir percé aussi loin dans le tennis mondial. Et si Younès El Aynaoui, Hicham Arazi et à moindre degré Karim Alami ont pu accéder à la cour des grands, c’est qu’ils se sont tous installés à l’étranger. Tout comme Rahilou, Maâzouzi, Kandili, Sghir, Bahhar et autres joueurs natifs au Maroc ou d’ailleurs mais qui ne sont pas très médiatisés. Face à cette désertion en masse, l’Etat se devait d’allouer au sport un budget consistant qui sied aux ambitions et aux potentialités de nos sportifs. Mais malgré cette hémorragie qui rappelle la ruée des postulants à l’Eldorado par pateras interposés, le budget de la jeunesse et des sports réunis n’atteint même 1 % du budget total de l’Etat. Quand on sait que les deniers publics, donc l’argent des contribuables s’estompe dans la dilapidation soit au CIH, CNCA ou à la BP, il est normal que l’on ressente de l’amertume comme celle affichée par Bahia Mouhatssine. Il est normal que nos sportifs émigrent de plus en plus vers l’étranger à la recherche d’une meilleure structure et surtout d’un environnement plus sain et transparent. Ce qui est anormal c’est que les pouvoirs publics continuent à considérer le sport comme un accessoire en cautionnant son vide institutionnel.

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