Hors-jeu : La roue de la fatalité

En 1983, la fédération du cyclisme a tenu son assemblée générale dans un climat de guerre et de complot, ce qui n’était pas nouveau dans une instance qui a été toujours tiraillée par le clanisme, les complots et les coups bas. À cette époque, ce fut feu hadj Kotbi qui était dans la ligne de mire de ses détracteurs et c’est un ami à lui qui s’est occupé de le descendre.
L’assemblée générale s’est transformée en un véritable procès en cours d’assises où Bekbachi a joué le rôle de l’avocat général. Jamais dans les annales de notre sport nous n’avons entendu un aussi violent réquisitoire contre un dirigeant surtout de la bouche d’un homme qui a tissé vingt-cinq ans d’amitié avec «l’accusé». Feu Kotbi a encaissé sans piper mot et il est parti pour connaître d’autres déboires plus graves dûment télécommandés par ses amis. Mais cet homme courageux a fini par vaincre le signe indien et consommer sa retraite pour mourir dans la sérénité.
Cette assemblée marathon qui a commencé à 16 heures a fini dans l’allégresse dans l’ex-Wichita à Aïn Diab. Les gagnants de ce sprint final étaient aux anges parce que leur plan a marché et surtout parce qu’ils ont réussi à prendre les commandes d’une fédération très convoitée. À l’époque, ils ne savaient pas que leur tour allait arriver un jour pour qu’ils soient, eux aussi, évincés de la même manière et avec le même degré d’humiliation. Ainsi va le cyclisme marocain avant, après 1983 et continue dans ce chemin sinueux jusqu’aujourd’hui avec la tenue d’une assemblée générale dans les mêmes conditions. On croyait qu’avec la dissolution de la FRMC en 1994, les mauvaises habitudes allaient disparaître et que la restructuration serait radicale. Ce fut des voeux pieux puisque le comité provisoire installé par le ministère de la jeunesse et des sports n’a fait que crever les roues davantage. Le tour du Maroc a disparu du circuit, les clubs ont hiberné dans la misère et les coureurs n’ont pas trouvé preneur.
Le cyclisme marocain, qui détenait le leadership au niveau arabe et africain, a considérablement chuté pour ne plus remonter sur la selle. Le vélo marocain a continué à rouler avec la cacophonie même quand un semblant de légalité a été retrouvé avec la disparition du comité provisoire. Le président Machichi, qui a été élu en assemblée générale, n’a pas tenu les rênes pendant longtemps. Il a été écarté par ses pairs du comité de la fédération pour des raisons qui ne devraient pas être loin de celles qui ont poussé leurs prédécesseurs à évincer Kotbi et d’autres.
Autrementdit c’est l’irrationalité qui prime dans une fédération qui semble poursuivie par la fatalité. Or tout le monde sait qu’il n’y a pas pire fatalité que celle des hommes rompus à servir leurs intérêts mercantiles que celui du cyclisme. Il est aberrant qu’en 2003 les dirigeants de cette fédération ne soient pas arrivés à se départir de cette animosité endémique qui crève les yeux et les roues du vélo. Pourtant, c’est facile de réparer une roue crevée, pourvu qu’on le veuille bien, pour remonter la ponte et réussir une descente sans chute.

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