Hors-jeu : Le chèque noyé

Petite histoire d’une petite fille qui pratique la natation dans la piscine du complexe Mohammed V à Casablanca. Son père lui a remis un chèque libellé pour s’acquitter de sa cotisation bi-annuelle envers les responsables de la section natation. Quelle a été la surprise du père quand la petite nageuse est revenue la voir son père avec le chèque en main pour lui annoncer que le préposé a refusé ce moyen de paiement. Il a tout simplement exigé qu’il soit payé en argent liquide alors que la petite a depuis son adhésion payé avec un chèque qui a été toujours honoré. Autrement l’exigence du responsable d’être payé en espèces n’était nullement liée à un antécédent d’un chèque revenu impayé ou de l’insolvabilité du père de la nageuse.
À partir de ce fait établi, l’exigence de paiement comptant par une institution qui dépend d’un ministère devient sujette à caution. Un chèque a la valeur d’une monnaie à encaissement immédiat et sa tracabilité reste pérenne dans le compte bancaire. L’argent comptant passe dans les recettes de la caisse dont le contrôle n’est pas toujours aisé quand on sait ce que les fausses factures peuvent combler comme dépenses ostentatoires. Cette pratique est assez répandue dans les entreprises les plus structurées où les vérificateurs comptables n’y voyaient que du feu. Que dire alors de la gestion de la caisse dans le domaine sportif quand on sait qu’il n’est assujetti à aucun contrôle strict.
Dans ce domaine, les fédérations, les ligues et les clubs avalisent leur compte d’exploitation par un rapport financier bidon. Un rapport dont le contenu ne dépasse pas généralement deux feuillets avec deux colonnes de recettes et de dépenses sans pièces justificatives jointes.
Au cours de l’assemblée générale qui approuve ce rapport, les intervenants sont dans l’impossibilité de décortiquer des chiffres insignifiants faute d’un bilan en bonne et due forme. Encore faut-il qu’il soit avalisé par un commissaire aux comptes, ce qui n’est pas toujours le cas dans la plupart des fédérations et des clubs. C’est certainement ce manque de transparence dans la gestion financière dans notre sport qui fait que les dirigeants se bousculent devant les portes de la présidence. Il est normal que la vie de plusieurs fédérations, ligues et clubs a été émaillé par plusieurs scandales financiers.
Ces faits étaient avérés dans le cyclisme, dans le football et autres, mais jamais ses auteurs n’ont été obligés de rendre des comptes devant la justice. C’est ce facteur aussi qui a contribué à la décadence de notre sport aujourd’hui mis à genou tant sur le plan du résultat que de sa gestion. Le sport doit comme toute institution publique être soumis à des audits effectués par l’inspection générale des finances ou la cour des comptes. Il va de soi que tous les dilapidateurs en puissance ne vont plus postuler aux postes de dirigeants quand l’IGF infiltre le sport. L’argent liquide ne sera plus aussi fluide qu’il ne l’est aujourd’hui.

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