Hors-jeu : Le drame

Feu Belkhouja a été terrassé par une mort subite sur un terrain de football devant le public et les caméras de télévision. De semaines durant, le défunt fut martyrisé sur l’autel d’un système qui n’obéit à aucune loi même si elle est écrite. Tout le monde en a fait sa cause sacrée : Les dirigeants de la fédération de football, les présidents de clubs, les politiques, les députés et la presse. Cette page tragique s’est brusquement tournée comme si un jeune footballeur n’est pas mort par négligence. Pourtant la mémoire de Belkhouja restera irrémédiablement vivante dans la conscience de ceux qui veulent se débarrasser de leur inconscience. Ceux-là mêmes qui ont critiqué, le temps d’une campagne, un football dépensier, mais qui rechigne à se doter de structures médicales indispensables. Or qu’a-t-on fait depuis pour prémunir les sportifs d’un tel accident mortel ?On s’est contenté de cultiver la rhétorique circonstancielle et puis tout s’en va… L’effet de la tragédie a poussé la fédération de football à décréter une loi obligeant les clubs à se doter d’une structure médicale. Le suivi n’a pas été effectué. C’est l’éternel drame de notre société : la conscience collective s’éveille quand elle est frappée par une tragédie et s’endort, tout de suite après, sur les lauriers de l’oubli. Quand la douleur de la mort en direct de Belkhouja s’est estompée, la mort en différé n’arrive même pas à émouvoir les donneurs de leçon d’hier. Quelques semaines après ce drame, un jeune étudiant de Tanger est mort alors qu’il participait à un championnat de cross country scolaire. Bachir Ayoub est mort dans l’anonymat parce que,ce jour-là, il n’y avait pas de caméra à Tanger. Un autre footballeur a été surpris par la mort, la semaine dernière, alors qu’il jouait dans un tournoi de quartier à Hay Hassani à Casablanca. Auparavant un joueur de deuxième division a, comme Belkhouja, avalé sa langue au cours d’un match. Il fut sauvé par un médecin comme le fut le gardien Lemrabet au cours de la rencontre TSC-FAR quand le docteur de l’équipe nationale et des Militaires lui a prodigué les premiers soins. Tous ces drames répétitifs ont été passés sous silence ou relatés, quelque part, dans l’indifférence. C’est triste à le dire, mais notre société n’a plus de repères, ni de repaires. Il ne nous reste qu’à espérer que nos décideurs nous disent «on a fait » et non pas le sempiternel « il faut faire ».

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