Hors-jeu : Le gestionnaire

Petite histoire, grandes manoeuvres. En 1999 un député a trouvé l’astuce de faire sa campagne électorale en s’appuyant sur une équipe de football. Il a pris le soin de prendre les rênes de l’équipe juste avant la date des élections. Quand il a assuré son siège au Parlement, il a vite fait de démissionner de son poste de président de football. L’histoire n’est pas terminée puisque ce député sportif est revenu à la charge en août dernier pour reprendre l’équipe. Comme par enchantement. Non, par intérêt : il prépare les élections législatives de 2002. C’est dire que le retour d’un dirigeant, à son poste, n’étonne plus personne dans un système où l’ambiguïté et le clanisme d’intérêt prévalent. Non seulement l’élection d’un dirigeant ne répond à aucun critère objectif de compétence et d’intégrité morale, mais on cautionne même des personnes qui ont des antécédents graves dans le domaine. Voire des antécédents judiciaires. L’assemblée est souveraine, dit-on, quand dans une assemblée générale préconçue avec les plus fins détails, les comploteurs décident d’évincer un dirigeant pour mettre quelqu’un à sa place. Mais jamais on n’a soulevé la notion de la souveraineté de l’assemblée pour apurer les comptes d’une fédération ou d’un club. On se contente tout le temps de lire un rapport financier bidon qui est généralement approuvé à l’unanimité. Le président est sain et sauf. Difficile de croire qu’au cours de l’assemblée générale de cyclisme, on n’a pas épluché les comptes de huit ans de comité provisoire. Son président n’a donc de comptes à rendre à personne. C’est facile et rentable d’être dirigeant. Tellement facile que le président de la Ligue de la Chaouia dont la gestion financière est fortement contestée par les clubs, a refusé une proposition de rechange qui lui permet de rester président à vie. Les contestataires (ils sont 53 représentants de clubs) lui ont demandé de limoger trois membres du bureau en contrepartie, le président ne sera pas inquiété sur sa gestion financière. Autrement, si cet accord avait été conclu, on ne saurait jamais rien sur la comptabilité de la ligue même si elle aurait comporté des irrégularités. Décidément les dirigeants de notre football possèdent une immunité gestionnaire qui leur est octroyée par leurs collègues tant qu’ils répondent à leurs doléances les plus capricieuses. Comme le dirigeant n’a pas de statut, tout est permis y compris les abus. Or, le professionnalisme ne pourrait réussir sans dirigeants professionnels capables d’assurer une gestion financière rigoureuse du club. Comme les équipes seront soumises à un cahier de charges, il est tout à fait normal que les dirigeants soient tenus à l’obligation de résultats par la signature d’un contrat d’objectif. La première obligation à remplir étant celle d’être gestionnaire.

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