Hors-jeu : Le vrai et le faux chez Doublali

La grève des joueurs du Wydad n’est ni une première, ni une dernière. La réclamation d’un salaire ou d’une prime par un footballeur marocain est liée depuis longtemps à un refus d’exercer, que ce soit aux entraînements ou dans un match officiel. Le système sportif en a voulu ainsi en l’absence d’une réglementation qui régit une pratique sportive qui ne s’identifie à aucune loi dans le monde. Le cocktail d’instruments qui régissent notre sport est si éparpillé qu’il ne délimite aucunement les frontières entre l’amateurisme et le professionnalisme.
Dans le domaine du flou, l’imagination de nos dirigeants est si fertile que la fédération a approuvé un jour une boutade qui se dénomme le non-amateurisme. Il ne manquait à notre lexique footbalistique que le non –professionnalisme, voire le système du non-football. Lequel peut être justifié facilement par le discours académique de nos dirigeants qui peuvent se référer, par exemple, à la théorie mathématique du raisonnement par l’absurde. Rien n’est absurde dans notre football, à tel point que le président du WAC, Nassreddine Doublali, avec ses prises de position contradictoires, devient plus cohérent que ses pairs. Aussi impulsif et insaisissable qu’il soit, Doublali finit toujours par être dans le vrai, même quand il commence son raisonnement avec la faux.
Dans cette affaire des joueurs grévistes, il n’a pas tort en s’attaquant à tout le système et en développant un argumentaire de béton. Mais les joueurs eux, aussi, n’ont pas tort en réclamant leurs dûs, car, dans toute activité, le fonctionnaire ou le salarié ne peut travailler sans percevoir un salaire. Aussi, quand Doublali dégaine rapidement pour qualifier la grève des joueurs d’opération de déstabilisation fomentée par une partie tierce, il ne sort jamais de sa logique. Celle qui consiste à préfabriquer un danger de l’extérieur pour justifier les problèmes qui mine le club de l’intérieur.
Mais le président du WAC se rachète en évoquant la misère des clubs marocains qui constitue l’une des principales causes du retard dans la réalisation des projets en souffrance. Il n’a pas tort aussi quand il nous dit dans l’interview ci-contre, que les jeunes joueurs se donnent des idées en pensant aux salaires des professionnels.
Quand ils apprennent qu’un ex-coéquipier, comme le professionnel El Qadouri, touche un salaire de 30 millions de centimes, ils sont déstabilisés. Ils se sentent lésés, même s’ils savent pertinemment que les clubs marocains ne peuvent pas leur garantir les avantages des clubs européens.
Encore faut-il qu’ils puissent justifier leur qualité de professionnel, sinon ce raisonnement rejoint celui par où a commencé Doublali en se plaçant comme victime d’une déstabilisation. Ce qui ne l’empêche pas, et c’est cela le paradoxe de cet homme, de dire des vérités crues qui finissent par être cautionnées parfois même par ses propres détracteurs.

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