Hors-jeu : L’oubli

Il était assis, tout seul, sur la terrasse d’un café. La rue etait encore vide de ses passants en ce mois de Ramadan. Cétait, à peine, une heure après la rupture de jeune. L’homme aux cheveux blancs tirait sur sa cigarette en fixant de ses yeux un coin sombre de la rue. Presque septuagénaire , cette ex-gloire de football est devenue une partie de décor de ce café situé en centre ville de Casablanca. Désoeuvré, oublié et solitaire, l’ex. international Mohamed Tibari qui a fait la gloire des clubs français, du WAC et de l’équipe nationale, n’est plus qu’un homme anonyme. Un homme ordinaire, sans ressources, ni famille qui passe son temps à siroter les cafés noirs et à avaler cigarettes sur cigarettes. La star des années cinquante et soixante dix est aujourd’hui un homme épuisé par l’usure du temps, de l’âge et de l’ingratitude des hommes. L’homme qui regardait dans le vide ou, peut être, dans son passé reste digne et fier même s’il est acculé à survivre avec une rente de 1500 dirhams par mois. Il affronte son sort avec une patience et un calme impérials sans en vouloir à quiconque même s’il sait qu’il aurait mérité meilleur égard de la part de son pays. Il ne parle que rarement à la presse qui le sollicite peu d’ailleurs, pourtant ce joueur avait la même envergure que Hassan Akesbi qu’on voit plus souvent à la télévision et dans les colonnes de la presse. Heureusement qu’Akesbi n’a besoin de personne pour mener une vie décente comme le sont Tibari et beaucoup d’autres ex-gloires. L’ingratitude dans le monde du football est une science exacte. L’exception émane d’Abderrahmane Belmahjoub, le prince des Parcs, qui continue à aider ses ex. –coéquipiers qui sont dans le besoin .À la fédération de football dont la plupart des membres ne connaissent pas la fresque footbalistique de Tibari et autres, c’est l’indifférence totale. Comme d’ailleurs chez les dirigeants des clubs qui effacent d’un trait de plume tout ex-joueur des archives de l’équipe dès qu’il prend sa retraite. Dans un système amateur qui ne garantit aucune protection sociale aux joueurs, on devine le nombre des joueurs tombés dans la déchéance après leur départ Certains osent tendre la main, d’autres noient leur chagrin dans l’alcool et quelqu’uns ont carrément sombré dans la délinquance. Le président de la FRMF, le général Housni Benslimane, qui a aidé beaucoup de joueurs en detresse notamment feu Lokhmiri, devrait penser à institutionnaliser ce fond de solidarité. L’informel, même s’il est humanitaire, ne résout pas le problème.

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