Hors-jeu : Obscurité en Gambie

En observant l’histoire du football africain, on note quelques anecdotes édulcorées, mais qui confirment le grand écart qui sévit entre une mentalité sportive aux pays développés, et celle qui prédomine toujours dans les pays sous-développés. Le fait n’est pas passé inaperçu aux yeux des observateurs du football africain et du football tout court. L’entraîneur du Onze national olympique, Mustapha Madih l’a encore une fois répété à la télé lors de l’émission Al Majalla Ryadia. Notre sélection vient de passer aux dernières phases qualificatives au Tournoi olympique de football prévu à Athènes, après avoir éliminé son homologue gambienne sur l’ensemble des deux matchs, aller et retour. Heureusement que les poulains de Madih avaient forcé le score chez eux en gagnant le match aller par quatre buts à zéro. En perdant au retour par trois buts à un, les dégâts furent ainsi limités et le plus important fut acquis. Mais il s’en est fallu de peu. Pas en raison d’une détérioration du niveau de jeu chez nos joueurs, mais à cause de ces imprévus qui caractérisent les compétitions au continent noir. Au fondement de l’idée maîtresse de développement du football, il y a le grand paradigme du progrès technologique, lequel doit assurer la qualité du jeu. La rencontre a été programmée en nocturne, sous les feux des projecteurs. Nonobstant l’espace de savane qui sert de terrain où tout peut être exercé sauf du football, le Onze national olympique a pu conserver la virginité de ses filets jusqu’à la deuxième mi-temps. En début de second half, les choses allaient prendre une autre tournure. Les Gambiens vont marquer un but, et les Marocains de riposter un peu plus tard. Tout à coup, la moitié du terrain tombe en obscurité tandis que l’autre continue d’être éclairée. Invraisemblable, mais c’est pourtant ce que les Gambiens ont fait. Ils ont diminué les projecteurs braqués sur la zone de l’équipe marocaine réduisant considérablement l’éclairage et provoquant ainsi une panique dans la défense tout en permettant par la même aux locaux de scorer à deux reprises. C’est à croire qu’il s’agit d’un télé-film programmé pour le festival de Burkina Faso et non pas de jeux éliminatoires pour une éventuelle qualification aux J.O d’Athènes. Le staff marocain a certes vivement contesté ces agissements, mais la leçon est on ne peut plus retenue. Désormais, chaque fois que notre équipe nationale se déplace quelque part pour jouer dans une telle jungle, il faudra se prémunir de lampes collées sur la tête, comme des ouvriers de mines. Mustapha Madih et le banc Marocain auraient dû s’équiper de projecteurs de camp pour éclairer depuis la touche leur zone délibérément assombrie. Avec tout le respect dû à toutes les nations africaines, ce genre d’épisode sournoisement anecdotique laisse deviner qu’il existe des oripeaux persistants, d’un certain passé ancré dans les mentalités post-coloniales. Et l’on ose se demander pourquoi la FIFA rechigne à confier l’organisation de la coupe du monde en Afrique. C’est vrai que l’odieux est la porte de sortie du ridicule.

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