Hors-jeu : Syndrome de la fugue

Il est des maux dont on convient facilement, d’autres non. On ne conviendra jamais qu’on soit privé de bon sens ou d’intelligence ; tout au contraire on entend tout le monde dire : "Ah ! si j’avais autant de chance que d’intelligence !". Mais la plupart du temps la chance à elle seule peut faire l’affaire.  L’équipe marocaine de rugby féminin a fait la Une des journaux nationaux le week-end dernier. Non pas par une qualification inattendue,  mais par un tout à fait autre exploit : une désertion collective. Alors qu’elles étaient attendues pour un tournoi organisé à Coimbra au Portugal, huit des treize joueuses de l’équipe nationale de rugby féminin se sont tout à coup volatilisées. Elles auraient profité d’un moment d’inattention de leur entraîneur qui achetait les billets d’autocar au port d’Algésiras pour se perdre dans la nature.
Le pauvre entraîneur n’a trouvé d’autre choix que de contacter l’équipe portugaise pour lui annoncer la mauvaise nouvelle et annuler le match. Et dire que l’équipe de Coimbra était fière de se mesurer à l’unique équipe du genre dans le monde musulman qui les avait si chaleureusement accueillies à Rabat, il y a deux mois.   Que cette « défection » soit préméditée et préparée ou qu’il y ait eu des complicités de la part de certains membres des familles des fugueuses, là n’est pas le problème. Car ce genre d’opération spéciale est devenu coutume depuis des années. Lors du Championnat  (universitaire) du monde de Cross country qui a eu lieu en Espagne, neuf membres de la sélection nationale, cinq femmes et quatre hommes, avaient disparu. Neuf éléments de la sélection nationale de rugby avaient fait de même en France. Quatre coureurs ont fui lors d’un passage en Irlande.
Des joueurs de l’équipe de Settat avaient littéralement pris leurs jambes à leurs cous lors de la participation de leur équipe un tournoi amical de football au Canada en 2000 et ainsi de suite. C’est un phénomène grave qui est en train de se banaliser.  L’on commence même à parler de l’existence d’un réseau spécialisé qui facilite la fuite ou pour ainsi dire, l’immigration illégale de talents sportifs qui reviendraient à très bon prix pour le pays d’accueil !!  Coincés dans un pays étranger, ils accepteraient d’enfiler n’importe quelle couleur pourvu que leur situation soit régularisée. Du talent bon marché quoi. Mais ce ne sont que des dires. Toujours est-il que ce «hrig» en tenue de sport est une honte pour notre pays. Rien à voir avec l’immigration clandestine,  où se mêlent chômeurs, déshérités et desperados.
Une sélection ou une équipe nationale n’englobe que l’élite d’une discipline donnée. Il faut être sérieusement traumatisé  pour préférer fuguer en clandestin plutôt que de rester champion dans son pays. D’un autre côté, il faut dire que ce n’est pas parce qu’il y a une rose sur le rosier que l’oiseau s’y pose : c’est parce qu’il y a des pucerons. Peut-on rougir de honte dans l’obscurité ? Je crois que l’on peut pâlir d’épouvante dans le noir, mais point y rougir. Ainsi, l’on pâlit à cause de soi, mais l’on rougit à cause d’autrui.

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