J’aime, je partage: Criminalité, jeunesse et crise des valeurs

J’aime, je partage: Criminalité,  jeunesse et crise des valeurs

Mon ami professeur d’histoire, qui tient salon chez le coiffeur du coin, a une réponse toute prête, comme d’habitude : «Les temps ont changé. Il n’y a plus de cohésion sociale. Les gens sont prêts à tout.

Et pour des broutilles, on peut y laisser la vie». Phénomène nouveau ou ce sont juste les médias qui les relatent de plus en plus donnant cette impression qu’il y a plus de crimes sordides, plus de meurtres comme cette mère qui tue sa propre fille, ou ce type à Kénitra qui a fait un carnage dans une ferme, ou encore ces repris de justice SDF qui s’entretuent dans un terrain vague, sans parler de cette femme qui tue un gamin et le jette du quatrième étage?

«Non, cela a toujours existé. Des meurtres, il y en a toujours eu au Maroc, dans les villes, dans les patelins, partout, mais aujourd’hui on en parle, on écrit des chroniques là-dessus, on passe des reportages à la télé, les gens suivent et comme l’info est diffusée en continu, parfois, on pense qu’il y a des crimes à tous les coins de rue». Je risque une saillie à contre-courant pour faire sortir le prof de ses gonds.  Je lui dis que le mal s’installe de plus en plus profond dans le tissu social marocain. Pour un rien on peut ôter la vie à un autre. 

Un petit larcin peut très vite tourner au drame. Une partie de cartes, une vengeance entre deux copines pour un mec, deux soulards qui finissent la bibine dans le sang, un vol à l’arraché qui se termine à la morgue, non, les choses se corsent. Comment peut-on comprendre les motivations d’une femme, qui appelle un gamin pour lui faire une course et une fois devant elle, elle s’acharne sur lui en coups de couteau avant de le jeter de quatre étages ?  

Non, il y a un malaise de plus en plus accentué, et tous les sociologues tirent la sonnette d’alarme sur la montée de la criminalité, sur la grande délinquance, les ravages des drogues… Le prof acquiesce. C’est une première. «Il y a un profond problème de valeurs cher ami. La vie a changé. Le monde autour de nous est différent. Le Maroc n’est plus  ce qu’il était du temps de ma jeunesse. Il y a un déficit moral grandissant. Les jeunes n’ont plus de respect pour presque rien. Alors que de mon temps, quand on voyait une vieille personne dans le quartier on se tenait à carreau par respect.

Aujourd’hui, il y a des adolescents qui s’attaquent à un vieillard pour  lui soutirer de quoi fumer un joint». Comment faire alors ? Il y a urgence. Entre vandalisme, batailles rangées dans les stades, tcharmil, épées et autres armes blanches, les valeurs sont bel et bien jetées aux oubliettes. Non, mais il ne faut pas désespérer, me dit le prof. «Il y a un socle commun chez nous qui est la famille qui tient encore. C’est notre unique issue. Notre seule chance de ne pas sombrer. C’est là qu’il faut miser. C’est ce qu’il faut consolider pour que les jeunes ne deviennent pas des paumés, en perdition, en proie à toutes les dérives, sans repères et sans rêves».

Mais la famille seule ne peut pas tenir. Il nous faut l’apport de l’école, des rues plus sûres, de la culture, du sport, une société civile plus engagée et une réelle politique de valeurs humaines axée sur la jeunesse.

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