J’aime, je partage: Houellebecq, l’Elysée et un président musulman

J’aime, je partage: Houellebecq, l’Elysée et un président  musulman

Mais il sait rester posé même quand il s’échauffe. De but en blanc, il me lance, avec un sourire narquois : «Tu imagines qu’un écrivain français a créé un scandale en France parce qu’il a parlé de la possibilité qu’un président musulman dirige tous les Français!

Quel pied de nez à l’histoire, mon frère». Evidemment le taxi driver parlait du dernier Michel Houellebecq : «Soumission». Il se trouve que j’ai lu le livre et que je peux en discuter avec mon acolyte. J’essaie de lui expliquer qu’il faut toujours garder à l’esprit qu’une œuvre littéraire peut être interprétée de dizaines de façons et que souvent aussi, on peut faire dire ce qu’on veut à toute œuvre. 

J’ajoute juste pour soutenir l’échange avec mon ami que Houellebecq présentant son livre à Frankfurt en Allemagne s’est défendu d’avoir écrit un livre anti-Islam. Bref vrai ou faux, manipulations, mercantilisme, opportunisme, tous les  vocables sont valables et ne le sont pas. Reste que pour mon chauffeur de taxi, il y a vraiment un gros problème avec l’Islam en France : «On ne parle que des musulmans et de la religion en France. Les Arabes surtout  sont toujours visés.

On est vraiment les têtes de turc de la République, mon frère. Et cela ne fait que commencer. L’avenir nous montrera d’horribles visages de ces affrontements religieux que l’on croyait révolus, mais qui reviennent à bride abattue. Sans oublier que le Front National en France va surfer sur toutes ces vagues et il va cartonner».

J’apporte juste une précision à l’ égard de mon pote. Je lui dis que ce fameux Houellebecq a affirmé justement à ce propos que : «d’abord je m’en fous, c’est pas mon problème, et j’y crois pas, j’ai jamais vu quelqu’un fonder ses intentions de vote à travers les romans». Là aussi vrai et faux. Par des moments aussi troubles, la confusion des genres crée des possibilités insoupçonnées. On ne demande pas non plus à l’écrivain d’être ceci ou cela, il est libre et il est ce qu’il est. Mais il savait que mettre un musulman à la tête de la République allait donner corps à un réel tsunami.

«Moi ce que je ne comprends pas, c’est qu’il n’y a personne en France ni ailleurs, même chez nous, dans ce monde arabe à la dérive qui se dit on va entamer un dialogue de fond avec les Européens et les Occidentaux pour dissiper les malentendus, montrer que Islam et terreur ne sont pas synonymes, que nous autres musulmans, nous n’avons aucun problème avec les autres religions, qu’au contraire le fondement même de la religion chez nous est l’amour, la paix et la tolérance.» Là,  le taximan marque un point.

Le silence des pseudos intellectuels est à la fois affligeant et louche. Personne ne veut se mouiller. On joue sur plusieurs tableaux, on veut ménager la chèvre et le chou, manger à tous les râteliers au risque de créer davantage de confusion. Au bout de la course, le chauffeur de taxi s’arrête, me fixe, esquisse un sourire malin et me lance : «Mais imagine, juste pour une seconde,  un Mohamed Pijou président de la Marseillaise, trônant à l’Elysée ! C’est à mourir de rire. Quel spectacle !»

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