J’aime, je partage: Les dessous des cartes

J’aime, je partage: Les dessous des cartes

Il est toujours aussi fringant et en goguette. Il tient salon, il faut dire. L’assemblée est accrochée à ses paroles. Lui, il théorise. Cette fois, il traite, en maître de conférence, ès-conflits et choc des civilisations. Daech, l’Etat islamique, le jihad, les menaces de l’Occident, la colère de Barack Obama, les prises d’otages, les exécutions… cet homme est un moulin à paroles. Quelque chose vous a échappé dans l’actu de la semaine, c’est à lui qu’il faut avoir recours.

Vous n’avez pas bien saisi ce que veut dire Daech, qu’à cela ne tienne, il faut venir au salon de coiffure et attendre l’arrivée du maître. Lui, il explique, recoupe, fait des digressions, ouvre des parenthèses… Bref, c’est homme est incroyable. Et il met tant d’ardeur et de conviction dans ce qu’il dit que l’on est sommé de croire, séance tenante. Sinon, on déguerpit. On cède sa place à moins sceptique. «Ce sont les Occidentaux qui ont monté de toutes pièces cette histoire de Daech. Ils ont laissé partir des jeunes jihadistes là où ça va mal, ils ont affaibli des nations comme l’Irak et la Syrie, pour créer une diversion. Le véritable sujet, les amis, c’est la Palestine, mais tant qu’on a d’autres chats à fouetter du côté de Damas et de Baghdad, on oublie Al Qods». 

Evidemment, dans l’assemblée, on acquiesce, on opine du chef, on garde un silence pieux. Le spécialiste enchaîne: «l’Etat islamique est un Etat international. C’est une réussite, mes amis. Il y a des Marocains, des Syriens, des Algériens, des Allemands, des Belges, des Français, des Danois, des Américains. C’est le premier Etat cosmopolite au monde. Une poignée de jeunes a réussi à créer l’Etat parfait, celui qui regroupe presque toutes les races et qui peut donner le change au reste du monde.»

Je risque une entorse aux règles de bienséance de cette conférence improvisée chez le coiffeur : «Mais en trois jours de frappes aériennes, c’en sera fini de cet Etat cosmopolite, monsieur. Il ne restera que des poches éparpillées qui finiront par s’effriter. On l’a bien vu avec les Talibans et avec les Irakiens au début de la guerre. Ce type d’entreprise ne dure pas longtemps». Le bonhomme me fixe du regard. Il prend ses amis à témoin et dégaine : «C’est comme ce qui se passe en Ukraine. On a fomenté un faux conflit, on a créé la zizanie et au final, on négocie avec les Russes. C’est cela l’équilibre des forces de ce monde, mon ami».

J’avoue que je n’ai jamais fait le lien entre Kiev et Damas, encore moins entre Donetsk et le nord d’Irak, mais encore une fois, l’assurance du bonhomme lui sert de caution morale. Je tente quand même une embardée, à tout hasard : «Ce pseudo Etat islamique est un réel danger pour nous tous. Il ne faut pas cautionner des illuminés qui veulent mettre à sac le monde arabe, on sait quand tout cela commence, mais on ne sait jamais comment et quand cela se termine». «Tu n’y es pas mon ami», coupe court le prof. «C’est une diversion, un jeu qui va bientôt se terminer.

Ce qui se passe sur les écrans de télé, ce qu’on lit sur les Unes de presse, c’est la devanture, la façade. Cela cache toujours pire. Alors attends et tu vas voir, que bientôt, on va nous sortir un gros truc inattendu, sous-tendu par l’argent, les intérêts pétroliers, le fric et les crises à succession en Occident». Sur ce, il me souhaite une bonne coupe et retourne à son cours magistral sur les dessous des cartes.

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