J’aime, je partage: Y a-t-il des prostituées au Maroc ?

J’aime, je partage: Y a-t-il des  prostituées  au Maroc ?

Oui, il y a des prostituées au Maroc. Il y en a même beaucoup ou peu, c’est selon les goûts. Il y a des prostituées pauvres, des prostitués vulgaires, des prostituées qui veulent se donner l’air soigné, des prostituées de luxe, des prostituées bien loties et des prostituées aigries qui se recyclent  en mères maquerelles. Je n’ai rien inventé, c’est la réalité.

Et elle n’est pas complète cette réalité. Car chacun voit les prostituées à sa façon. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut détourner le regard, fermer les yeux et dire «Tiens,  ça n’existe pas chez nous» ou pire : «Si, ça existe, mais il ne faut pas en parler, c’est Hchouma», mais où va le monde ? Sûrement pas à bon port avec de telles attitudes négationnistes et rétrogrades dans une société qui veut entrer de plain-pied dans la modernité.

Un moment, chers lecteurs, modernité ne veut pas dire permissivité, je vous vois venir. On est d’accord. Mais on ne peut pas demander à nous autres journalistes par exemple de ne pas parler de la prostitution, des femmes battues, de la pédophilie, du suicide, du viol, sous prétexte que cela vous choque, cher monsieur et chère madame !

Pareil pour un artiste, un réalisateur, un peintre, un musicien, personne n’a le droit de lui dicter  sur quoi il doit parler, ce qu’il peut traiter et surtout ce qu’il ne doit pas aborder comme sujets puisés au cœur de la société où il vit. C’est en somme ce qui se passe avec ce grand déballage d’émotions contradictoires et schizophrènes de la part de plusieurs de nos compatriotes sur le dernier film de Nabil Ayouch, qu’ils n’ont pas encore vu.

Nabil Ayouch réalise un film. C’est son métier. Il est réalisateur. Il a le droit de faire le film qu’il veut que cela nous plaise ou pas. C’est cela le propre d’un artiste. Il fait ce qu’il sent le plus important pour lui. Alors qu’il fasse un film sur les homosexuels, sur les prostituées, sur les enfants des rues, sur Sidi Moumen, sur une danseuse, sur Israël et la Palestine, c’est son droit. Vous et moi, public et cinéphiles, critiques et opportunistes, nous ne pouvons parler que de l’œuvre, que du film, que de ce qui est donné à voir.

Comme ce n’est pas encore le cas, et que ce film a été projeté  uniquement à Cannes, lors d’un festival, et que son réalisateur a fait circuler des extraits -ce qui est normal- pour qu’on en parle, les curieux et les fanatiques de tout  poil ont cru bon de donner de la  voix. On a voulu se racheter une certaine virginité morale, en insultant un bonhomme qui n’a fait que son boulot.

Demain, l’un de nous autres journalistes va faire un reportage de terrain sur le même sujet en décrivant ce qui se passe avec crudité et cruauté, vous allez lui tomber dessus et le livrer à la vindicte publique ?

Non, Il ne faut pas charrier ! Soyons sérieux. La prostitution est là,  dans tous les coins des rues. Sortez, faites un tour, de jour ou de nuit, pour vous en faire une idée. Et il faut en parler. Il faut dire les choses comme elles sont. Il faut lever des voiles, ruer dans les brancards parfois, bousculer l’ordre établi et cette omerta sans nom qui veut tout camoufler de son drap hypocrite. Et tant pis si en secouant le cocotier, il en tombe une réalité pourrie, elle est la nôtre et on doit la regarder en face, sans détourner le regard.

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