Jours sombres…

Jours sombres…

Anathèmes, insultes, rejet, exclusion voire excommunication… depuis quelques semaines, les réseaux sociaux sont la proie d’une sorte d’hystérie collective où la voix de la raison, les appels à la modération sont quasiment inaudibles face au déferlement de haine : un film, une chanteuse, deux homosexuels ont réussi à déclencher un torrent d’indignation –sincère dans certains cas, mais le plus souvent hypocrite – bien plus virulent que ne le font l’état de nos hôpitaux, les chauffards qui tuent à longueur de route ou encore l’incompétence de nombre de nos élus. Bien à l’abri derrière leur écran, planqués sous un faux profil ou encore protégés par l’anonymat, nombre d’internautes marocains ont dépassé toutes les limites, celles du respect d’autrui, de la dignité, de la politesse qui font qu’il est possible de vivre en société.

C’est tout notre vivre-ensemble qui est piétiné par ces apprentis sorciers. La voix sage n’est plus entendue, c’est celui qui criera le plus fort, qui flattera le plus les bas instincts, qui ira le plus loin dans le populisme, qui devient le héraut et le héros… Grave, cela n’inaugure rien de bon pour notre société et hélas pour notre démocratie lorsque l’on constate à quel point ce «baromètre de la rue» fait figure de loi du plus fort. Nombre d’internautes sensés avouent ne plus oser exprimer leur avis sur ces mêmes réseaux sociaux de crainte de se faire «lyncher» : l’intimidation par la vocifération et la menace «facebookienne» !!!

Pourtant, deux «affaires» viennent apporter une bouffée d’oxygène dans cette atmosphère glauque : la première vient des innombrables réactions surgies après le véritable martyr subi par le jeune chien «Ray», cruellement mutilé –vraisemblablement pour pratiques de sorcellerie- et qui ont abouti à la création d’un groupe de soutien formidable, à une mobilisation jamais atteinte contre la maltraitance des animaux et à un sit-in organisé à Casablanca. Du jamais-vu ! La seconde est l’extraordinaire sursaut, dépassant largement les frontières du Maroc certes mais venant tout de même initialement et massivement de Marocain(e)s, suite à la Une d’un magazine invitant quasiment à «brûler les homos» ! Soudainement l’indignation a changé de camp, soudainement la mauvaise conscience est passée du côté des «semeurs de haine»… et le journal a été retiré de la vente.

Belle victoire des tenants du vivre-ensemble, de ceux qui cherchent à raccommoder les mailles de notre lien social et s’efforcent de préserver la diversité de notre société. Ces deux exemples montrent que le pire n’est jamais sûr et nous enseignent une leçon qu’il nous faut méditer – nous autres personnes, éprises du droit à la différence, éprises de «tempérance» et soucieuses de ne rejeter personne hors de notre société– exprimons-nous, faisons entendre massivement nos voix sur les réseaux sociaux, créons nos groupes de pression, joignons nos forces, ne laissons pas le champ libre aux haineux ! 

Nous verrons alors s’inverser la tendance, car les silencieux n’attendent que cela: que quelques éclaireurs donnent le ton, pour eux aussi s’exprimer ensuite, et alors les termes de «majorité silencieuse» trouveront tout leur sens.

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