La longue marche des beurs

La longue marche des beurs

30 ans c’est à la fois si loin et si proche ! Loin pour les nouvelles générations qui n’étaient pas nées en 1983 et n’en ont –au mieux– entendu parler que par la presse. Et si proche dans les mémoires de tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont vécu cette fameuse marche pour l’égalité, devenue de par la grâce des médias la marche des beurs. Il faut remercier Jamel Debbouze qui, en mettant son talent et sa notoriété au service du film de Nabil Ben Yadir, «La Marche», qui vient de sortir, donne en sorte une seconde vie – une seconde visibilité – à cette épopée.

Pour moi, militant associatif, cette Marche a une double signification : elle représente l’An 1 du «Mouvement Beur» en France, en ce sens qu’elle a été le déclic de l’émergence de la 2ème génération sur la scène publique et qui ouvrira la voie à nombre d’artistes et de personnalités d’aujourd’hui… Sur un plan plus personnel, cette Marche a été pour moi le début de mon engagement : tout jeune à ce moment là et vivant dans le quartier de la diversité de Paris par excellence –  la Goutte d’Or à Barbès – j’ai vécu cette Marche comme un déclencheur… déclencheur d’une telle puissance qu’il m’a donné l’élan qui m’anime encore en 2013.

Depuis un certain temps, de jeunes Maghrébins tombaient sous les balles de «tontons flingueurs» – comme nous les avions alors appelés – dont le caractère raciste devenait de plus en plus flagrant. La mort du petit Taoufik, âgé de 9 ans à la Courneuve alors qu’il faisait éclater des pétards à l’occasion du 14 Juillet, fête nationale française, avait provoqué plusieurs nuits d’émeute. Nombre d’autres jeunes payèrent de leur vie un lourd tribut à la haine, leurs noms restent gravés en moi : Wahid, Abdenbi, Habib…

La blessure par un policier, dont fut victime Toumi Djaïdja aux Minguettes, alors qu’il s’interposait dans une rixe, et qui allait faire de lui la figure de cette Marche, fut le déclic…

Cette Marche déclencha une prise de conscience formidable chez nombre de jeunes de ma génération ; ce fut mon cas. L’oreille collée sur Radio Soleil, j’écoutais le récit des premières étapes : jeunes de Paris et de la région parisienne, nous ne pouvions rester en dehors, nous nous sommes alors mobilisés pour créer le «Collectif Jeunes Parisiens»… C’est ainsi que je rejoins cette Marche !

Toumi, Djamel, Farid, Bouzid, Marie Laure … Les noms de ces compagnons de Marche qui en cette année de célébration des 30 ans réapparaissent au grand jour sont des héros, et c’est l’un des grands mérites de Nabil Ben Yadir et de Jamel Debbouze, des nombreux livres qui paraissent, dont celui de Adil Jazouli, du CCME et de Driss El Yazami…que de les remettre en lumière.

30 ans ont passé, pourtant cette Marche continue, car la xénophobie, la haine de l’Autre sont hélas toujours d’actualité. Marcher pour «vivre ensemble» tout simplement, marcher au Maroc, marcher en France, marcher ailleurs … ne jamais s’arrêter… pour que les générations actuelles et à venir, au-delà des origines, au-delà des différences, au-delà des particularités  – parce que précisément la diversité est le meilleur des moteurs – sachent qu’il n’ y a qu’une façon d’avancer… Marcher

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