Label marocanité : ambiguïtés

Elle est sitôt placée en garde à vue puis mise dans un avion pour être expulsée au Maroc.
Ce refoulement provoquera une indignation dans l’Hexagone. L’affaire coïncide avec le débat sur la violence faite aux femmes au moment où le Parlement français s’apprête à voter une loi durcissant les peines sur cette question. L’une des mesures phares consiste à donner un titre de séjour aux femmes victimes de maltraitances en situation irrégulière. Le 8 mars, le président français recevant des représentantes d’associations féminines s’est dit, à l’évocation du cas Najlae, prêt à l’accueillir en France «si elle le souhaite». Aussitôt dit aussitôt fait. Le visa va être délivré et Najlae fera un retour triomphal où elle est reçue comme une vedette à l’aéroport. Fin béate de l’histoire. Reste les ambiguïtés. D’abord l’affaire a donné lieu à une course et un chevauchement entre deux associations qui chacune voulait récupérer ce cas totémique. Une surenchère entre l’association «Ni putes Ni soumises» qui y voyait un cas emblématique de la violence faite aux jeunes filles et RESF 1 qui se penche plus spécialement sur la défense des scolarisés sans papiers. Cette concurrence va friser l’indécence. Le tout sur un fond électoral encrassé qu’il est par le débat sur l’identité et un retour en force du Front national. Ensuite, il y a ce manichéisme notamment dans la bouche de Najlae. La France, c’est le paradis, la liberté, les droits, les études…le Maroc, c’est l’enfer, la famille traditionnelle, le mariage forcé. Ce type de discours conforte le prêt à penser d’une frange de l’opinion française. Mais il impacte tout aussi bien les candidats à l’émigration, et ils sont nombreux notamment chez les jeunes Marocains, par une idéalisation excessive et un renforcement de l’idée d’eldorado. Enfin, il y a le hic de l’anachronisme. Najlae a grandi à Oujda. Elle est partie en France en 2005, munie d’un visa de tourisme. Cela ne pouvait se faire, alors qu’elle avait 14 ans, qu’avec l’aval de ses parents. Recueillie en France par son frère, elle s’est inscrite dans un lycée professionnel. Or elle prétend que son départ en France était motivé par la fuite d’un mariage forcé. A ce que je sache, la Moudawana, date de 2004. Elle interdit le mariage avant 18 ans. Bizarre ! Vous avez dit bizarre ?

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