Label marocanité : Avis de recherche

L’affaire de Khalid Skah et de «l’enlèvement» des ses enfants, pour malheureuse qu’elle soit, n’est sans charrier quelques questions. La douleur d’un père, séparé de ses enfants, force certes la solidarité. Mais de là à arriver à une crise diplomatique entre le Maroc et la Norvège, pour régler un différend  matrimonial, il y a un sérieux pas qui a été largement franchi. Si ce n’est la torpeur estivale et l’absence d’actualité croustillante, ce problème aurait pu être traité à sa juste mesure. Il a pris, dans la vacuité aoûtienne, une dimension tragico-diplomatique.  
Certes le soupçon qui pèse sur l’implication de la chancellerie norvégienne dans la facilitation de sortie des enfants du territoire marocain demandait à être élucidé. L’ambassadeur de la Norvège fut convoqué au ministère des Affaires étrangères pour s’expliquer. Taïeb Fassi Fihri a eu des échanges avec son homologue norvégien. Le père a convoqué, dans le discours, «la souveraineté marocaine, la dignité des Marocains, le droit international et les droits de l’Homme». Il a aussi convoqué un sit-in devant l’ambassade incriminée «avec la participation de plusieurs représentants de la société civile». La blessure d’un père meurtri légitime tout ce tohu-bohu.  Mais de là à convoquer des mercenaires et des chasseurs de prime «russes, irakiens, kurdes, pakistanais et albanais» les alléchant avec une prime de 500.000 dollars, voilà qui dépasse l’entendement. C’est un appel au kidnapping et au rapt. On n’est plus dans le droit. On est dans le délit, si ce n’est  dans le crime. C’est un très mauvais point pour le père et par ricochet pour plusieurs cas similaires.
Pour médiatique qu’elle soit, cette affaire est loin d’être exceptionnelle. Le Marocaines et les Marocains sont des milliers à avoir contracté des mariages mixtes, en particulier dans les pays européens et occidentaux. De ces vies en commun naissent des centaines de milliers d’enfants qui se trouvent à l’intersection de deux codes de la famille. Ils sont le plus souvent binationaux puisque la nationalité marocaine ne se perd pas. Le traitement des affaires de mariage, de concubinage, de divorce et de garde des enfants diffère d’un pays à un autre. Si on prend le cas de la Norvège, ce pays tend carrément vers une déjudiciarisation du divorce tant il considère ce type d’affaire de l’ordre de l’intime et de la liberté de chacun. Malgré la Moudawana, nous sommes, dans les faits, encore à l’ère de la répudiation. L’affaire Skah, au delà de ses outrances (un homme qui menace un Etat), pose la question de la juxtaposition de notre droit de la famille avec les autres statuts personnels. Et mine de rien, c’est un travail titanesque qui attend notre diplomatie.

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