Label marocanité : Crimes et un châtiment

Label marocanité : Crimes et un châtiment

Allez, soit ! L’industrieux tueur de Taroudant n’est pas un serial killer. Passons ! L’infanticide de Rabat, bien que monstrueux, n’est que la chronique d’un delirium rare. OK ! Le lynchage, par la foule, d’un voyou à Settat n’est que l’expression d’une justice populaire et immanente. Tout de même, dans leur succession, ces faits constituent une violence insondable. Et s’il n’y avait que la violence ! Le plus surprenant, c’est que ces divers faits n’ont été traités que sous leurs aspects de faits divers, ils sont pourtant présumés nous interpeller sur ce qui se fomente sous les plis du pays. Nous interroger sur la nouvelle dimension cachée qui est la nôtre. Nous éclairer sur la part d’ombre de nous mêmes. Vu de France, est-ce une conséquence de la distance qui nous les fait vivre gravement? Est-ce l’effet de la réminiscence intangible qui préserve le Maroc idéalisé que nous gardons jalousement qui rend ces événements intolérables ? Probable. Mais plus insoutenable encore, c’est de voir comment ces événements ont été traités médiatiquement : le sensationnel en guise d’analyse. Le descriptif, qui n’épargne aucun détail, en lieu et place de la réflexion.
Bref, une incurie intellectuelle impénétrable. Oh ! Je le sais bien. La presse marocaine affectionne la politique. Elle chérit l’internationale et goûte trop aux affaires institutionnelles. Elle aime par trop regarder en haut (le palais, toujours le palais) pour ne pas se préoccuper véritablement de ce qui se passe en bas. Or la violence ne doit jamais être laissée sans signification. Elle est toujours l’indicateur des points de rupture dans une société. La violence, autant que sa répression, dessinent les frontières symboliques du territoire civilisé.
D’accord, nous sommes une société violente. N’égorgeons nous pas le mouton ou le coq devant nos enfants ? Ce qui est inconcevable dans les pays avancés. Ceux-ci préfèrent transborder leurs violences dans la fiction. Ils simulent une violence fictionnelle pour mieux dissimuler la violence réelle et prégnante.
L’exemple le plus célèbre reste le travail de Thomas Harris sur le personnage de Hannibal Lecteur, devenu célèbre depuis qu’il a été magnifiquement transfiguré par Anthony Hopkins dans «Le silence des agneaux». Alors et peut être est-ce parce que nous saignons publiquement l’animal, que nous avons toujours exorcisé la violence par transfert ?
On ne va pas, en ces temps de mondialisation, s’accommoder de la violence démesurée comme d’autres s’habitueraient au hamburger. Ces faits, dans leur bestialité, font apparaître les nouveaux défauts qui guettent notre société. Or expliquer l’infanticide de Rabat par le manque de vertu de la femme avant de la réhabiliter n’est pas simplement éhonté. C’est un crime intellectuel. Ne comprendre l’affaire de Taroudant qu’à travers la pédophilie ou la sorcellerie est le degré zéro de la pensée. Ne pas dénoncer le lynchage d’un homme, fût-il un voyou, est indigne d’une presse pointilleuse sur des aspirations démocratiques.
Eh oui! Une société se juge aussi à l’attention qu’elle porte à ses crimes.

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