Label marocanité : croisades festives

Ailleurs, comme en France, des activistes des droites extrêmes sont de plus en plus actifs et inventifs. Pour preuve, cette affaire de pique-nique «pinard et saucisson». Convoquée sur la place publique, devant une mosquée, un vendredi à l’heure de la prière, dans un quartier qu’on dit cosmopolite pour mieux dissimuler qu’il est principalement habité par des Arabes, des Noirs et surtout des musulmans, le tout le 18 juin pour faire une déclaration qui n’est pas sans évoquer l’appel de De Gaulle contre l’occupant allemand, on a affaire là à une initiative magistralement cousue de fil blanc. C’est de l’art consommé. Le succès rencontré par l’initiative pose question. Et sérieusement. C’est une hirondelle qui n’annonce pas nécessairement un printemps. Elle peut être l’avant-goût d’une tension mortifère. Ce qui apparaît comme une opération de communication ludique peut aboutir à quelque chose de plus tragique. Et ce n’est pas l’interdiction de la manifestation qui clôt le chapitre. Gageons qu’on en est qu’au premier épisode d’un feuilleton qui en comptera certainement plusieurs. Pour embryonnaire qu’elle est, cette opération apparaît comme une reconquête nationale et nationaliste où la vinasse remplace le glaive et le jambonneau fait office de bouclier. En somme, une croisade festive. La preuve, comme le disait le Célinien Philippe Murray, les «mutins de Panurge» n’ont pas manqué à l’appel. Interdit, le pique –nique qui devait avoir lieu ce vendredi à Paris, fait déjà des émules ailleurs. A Lyon, Toulouse, Lille, Nantes ou Rennes, mais aussi Valence, Amiens ou Douai, des initiatives identiques, portées par des mouvements identitaires, semblent, grâce à Facebook, se multiplier comme autant de bravades. Qui, dans cet échange, est berger et qui est la bergère ? La burqua ? La polygamie ostentatoire ? Le burger halal ? Ou la cochonnaille ? Cette initiative droitière; et c’est inquiétant, agrège une partie de la gauche extrémiste et laïcarde. Si le bloc identitaire haït l’Islam au nom de convictions chrétiennes et racialistes, les laïcards exècrent eux tout ce qui est religieux sans distinction aucune. Ces derniers en oublient qu’on a peut-être le droit de lutter contre tout mais pas avec n’importe qui. Eric Zemmour, pas en reste et avec une mélancolie de plus en plus dépressive, soutient les partisans de la charcuterie. Tandis qu’Ivan Rioufol, figure emblématique du Figaro, dénonce quasiment l’interdiction du pique-nique. Ce n’est donc plus cette tarte à la crème qu’est le vivre ensemble qui est menacé. C’est la paix civile qui est en danger.

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