Label marocanité : Dépasser le passé

Label marocanité : Dépasser le passé

Invité, je n’ai pas pu, par contretemps, assister aux auditions de l’IER. Et à défaut de parabole, je me suis contenté de les suivre sur le site de la MAP. Flots d’émotion. Paroles fragiles. Histoires émiettées. Jeunesses déchiquetées. Mémoires décadenassées. Des lambeaux de vie. Des pièces d’un puzzle encore déconstruit. Ce n’est pas la guerre des consciences comme dirait Hegel, c’est le choc des souffrances.
Au moment où la soirée de ce 31 décemrbe va engloutir l’année 2004. Il nous restera de celle-ci le souvenir vivace de la parole déballée. La réminiscence non pas d’un grand nettoyage de l’hiver de l’Histoire, mais d’une grande lessive des têtes et des coeurs.
N’en déplaise à Tuquoi, les Marocains ne sont pas tous des tournesols, pas plus qu’elles ne sont de «petits pois». Elles ne se ressemblent pas tous. Pour preuve, l’unanimisme qui a salué l’expérience inédite de l’IER a été ébréché par quelques voix dissonantes. Elles disent que la parole libérée est loin d’être suffisante. Elles dénoncent le pas comme manquant de jusqu-au-boutisme. Elles demandent que des noms soient livrés à la vindicte populaire. Elles prétendent même que cette verbalisation à outrance absout le régime, le Makhzen et les institutions. Elles refusent tout traitement homéopathique de notre histoire. Elles réclament et exigent un remède de cheval. Elles veulent qu’une justice immanente fasse rendre gorge. Ici et maintenant. Le Maroc est une mosaïque de tribus. Mais depuis 1999, nous avons enfanté, in vitro, deux nouvelles tribus : celle des «y a qu’à» et celle des «faut qu’on».
Sous des atours de modernité et de progrès, ces tribus se veulent comme les secouristes de nos afflictions. Elles font surenchère de la jérémiade. Elles sont frappés par ce que Pascal Bruckner a qualifié «d’ébriété du malheur». Urgentistes de nos anomalies, elles ne veulent pas panser les plaies, mais triturer la blessure. Leur credo, c’est le refus systématique. Que voulons-nous ? Dépasser le passé ou en faire un indigeste absolu? Que voulons-nous ?
Solder collectivement le passif ou faire en sorte que le passé demeure actif ? Qu’il ne passe pas?
On pourrait traîner nos boulets d’antan longtemps durant, ce qui nous évitera de parler de sérieux problèmes des Marocains d’aujourd’hui: De la métastase du chômage. Du manque d’espérance dans un avenir meilleur qui fait de la grande bleue un immense charnier. Des griffes cruelles et acerbes de la pauvreté. De l’obsolescence du système éducatif et de tant d’autres priorités. Oui, il est temps pour les défenseurs des droits de l’Homme marocain de s’atteler aussi aux autres droits : le droit au travail, le droit à la santé, le droit à une instruction digne, le droit à vivre décemment… On lit et on entend de moins en moins ce type de revendications qui, elles, intéressent de manière vitale ce peuple dont tout le monde fait gorge chaude. «L’idée du passé, écrivait Paul Valery, ne prend sens et ne constitue une valeur que pour l’homme qui se trouve en soi-même une passion pour l’avenir». A méditer.
Bonne année.

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