Label marocanité : du prétoire aux préaux

On fait la politique, selon lui, par haine. Et dans le duel qui oppose Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy, ce n’est plus de haine qu’il s’agit. C’est un condensé de rancune recuite mêlé à de la quintessence de fiel. Après trois mois de délibéré et la lecture d’un acte d’accusation qui durera 1h30, avec quarante-cinq minutes consacrées au seul De Villepin, le verdict sur l’affaire Clearstream est tombé au moment même où ce papier se rédige : C’est la relaxe, pure et simple, pour l’ancien Premier ministre. C’est énorme. C’est que De Villepin craignait ce n’est pas la peine requise en octobre dernier, par le procureur de Paris Jean-Claude Marin, qui avait demandé 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d’amende. Ce que redoutait De Villepin, c’est l’inéligibilité. Cela aurait été l’assassinat politique de celui qui cache, de moins en moins ses envies politiques pour 2012. Cette relaxe conforte son innocence tant clamée par lui, depuis le début de cette affaire. Elle le réhabilite dans son honneur.
C’est que ce procès avait le but inavoué d’éliminer politiquement De Villepin. En jouant la victime expiatoire d’un acharnement cultivé sur Nicolas Sarkozy, De Villepin a réussi à faire de ce même procès un tremplin politique. Avec cette relaxe, il ne pouvait pas espérer meilleur scénario. Elle le remet en selle. La voie est donc libre pour une présidentielle où l’espérance serait, à défaut de gagner, du moins faire perdre Sarkozy. Avant même de connaître le verdict, les avocats De Villepin disaient que le procès était une épreuve à enjamber. Comme on enjambe une haie dans un parcours. C’est dire la détermination.  L’affrontement entre Nicolas et Dominique aurait été de toute façon, loin d’être clos avec sa phase judiciaire. Avec cette relaxe, le duel des prétoires cédera la place au vrai et seul combat qui vaille aux yeux De Villepin, celui des préaux électoraux. La concentration de haine, pour conforter la réflexion de Nixon, est telle que le conflit sourd ne trouvera son terme que dans une issue politique. Cela n’a pas tardé. Le tribunal qui devait être le cimetière de ses espérances est devenu le lieu d’une tribune pour ce tribun qu’est De Villepin. Avec un accent qui n’est pas sans rappeler son discours à l’ONU, le relaxé déclarera sa fierté d’être citoyen d’un pays, la France, où l’esprit d’indépendance de la justice a triomphé sur la raison politique. Cette page tournée, il entend désormais servir les Français. En filigrane, on pouvait percevoir comme une posture d’un potentiel candidat de l’Etat de droit contre le futur candidat de la droite.

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