Label marocanité : Erreur de destination

«Le Maroc ne se lasse pas de présenter son double visage de pays traditionaliste qui rêve de modernité». Ce commentaire est glané dans un petit billet, écrit par la rédactrice en chef adjointe d’un grand hebdo français. Il introduit ainsi sa position offusquée sur la décision de l’administration marocaine de refuser, en l’anticipant certes, la demande potentielle de l’association  «Ni Putes ni Soumises» de s’installer au Maroc.
Ce genre de commentaire est désarmant. Il manie avec une certaine légèreté des mots lourds. Le refus marocain serait, dans le cas d’espèce, un quitus du poids de la tradition. Et il va sans dire qu’accueillir à bras ouverts  «Ni Putes ni Soumises» aurait été un signe de modernité. Moi je pense le contraire.
Une société qui a eu besoin de créer et de consacrer une association comme  «Ni Putes ni Soumises» est une société qui non pas avance dans la modernité mais régresse. Une société qui est capable de générer des monstres comme celui qui, dans un local de poubelles, a brûlé vive Sohane, en souvenir de laquelle est née cette association, est une société non pas contemporaine mais barbare. Un pays dans lequel l’infâme et éconduit Pakistanais (sic ou sikh) défigure, par le feu, sa petite et jolie amie, marocaine par ailleurs, doit s’interroger sur son modèle d’intégration. La violence des banlieues françaises qu’entend dénoncer l’association, mal nommée parce que aussi porteuse de violence, est un produit made in France. Ce type de violence, nous n’en avons pas. Nous n’en voulons pas. La racaille, les voyous, les arsouilles et les machos de petites factures ! Non merci. Cette association est née pour les combattre. Bravo. Qu’en passant, elle s’oppose à Tariq Ramadan, à l’UOIF, et provisoirement à Christine Boutin à laquelle elle s’accommode aujourd’hui. Bon courage. Qu’elle le fasse, utilement ou même inutilement ! Mais dans son environnement.
La situation de la femme marocaine est loin d’être rose. A commencer par son ravageur analphabétisme. On ne commet, cependant, pas les crimes d’honneur. On ne lapide pas nos femmes. On ne brûle pas les jeunes filles et on ne règle pas nos dépits amoureux à coups d’acide. La femme marocaine mène son propre combat pour l’émancipation. Nous sommes nombreux parmi les hommes à la soutenir. Elle le fait à sa manière et à son rythme. Step by setp. Et elle réussit relativement bien. Peu de pays musulmans peuvent se targuer de l’esprit du code de la famille marocain, même si dans la pratique énormément de choses restent à améliorer. Il serait donc mieux indiqué pour cette association de commencer, ne serait que symboliquement, une implantation dans des régions où la violence contre les femmes est tangible.

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